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"Le dossier Norbert Zongo ne sera jamais enterré"

Publié le par nassaramoaga

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Le 13 décembre prochain, cela fera 11 ans que le journaliste Norbert Zongo et trois de ses compagnons d’infortune ont été assassinés à Sapouy. A cette occasion, nous avons rencontré Robert Zongo, un des frères du journaliste, avec qui nous avons abordé plusieurs points relatifs à l’assassinat de son frère.


"Le Pays" : Comment avez-vous appris la nouvelle de l’assassinat de votre frère le 13 décembre 1998 ?


Robert Zongo (RZ) : On a une nièce qui aime écouter souvent la radio un peu tardivement. C’est elle qui a écouté le communiqué le 13 décembre 1998 qui disait qu’on a retrouvé un véhicule brûlant en donnant l’immatriculation. C’est suite à ce communiqué qu’elle a réveillé son père en lui disant qu’il s’agit du véhicule de son tonton. C’est pour dire simplement que la famille a appris la nouvelle comme tout le monde. Le lendemain, c’est-à-dire le 14 décembre, nous sommes allés sur les lieux et nous avons constaté l’horreur. Ça a été vraiment fait par des professionnels. Je me rappelle que quand l’expert en balistique est venu me retrouver au campement, il m’a dit : « Zongo, je peux te dire une chose, ce qui est sûr, c’est que ton frère n’a pas souffert ».


En se référant au rapport de la commission d’enquête, il y avait d’abord un véhicule d’éclairage puisque ce même véhicule a rationné notre guide de chasse, un expatrié, pensant que Norbert s’y trouvait. Mais comme il n’y était pas, on lui a dit de fermer sa bouche sinon… Il y avait aussi un véhicule dans lequel se trouvaient les exécutants et un autre pour venir constater les faits. Ce 14 décembre, toutes les lignes téléphoniques de Sapouy étaient interrompues. C’est pour vous dire que tout a été planifié et n’a donc pas été fait au hasard. On ne peut pas qualifier les événements du 13 décembre 1998. Norbert se sentait en danger et il en parlait. Même si c’était son destin, c’est qu’ils l’ont forcé. Quand on se rappelle le 13 décembre 1998, c’est comme si c’était hier.


Comment se passe le 13 décembre en famille ?


Nous n’avons pas de manifestation spécifique. Nous faisons une veillée de prières chaque 12 décembre en mémoire de Norbert Zongo. Nous demandons aussi souvent des messes d’actions de grâce dans les différentes paroisses et églises pour le repos de son âme. Mais nous souhaitons que dans les années à venir qu’on puisse nous soulager en faisant la lumière sur cette affaire afin qu’on puisse faire une messe de requiem en sa mémoire.


Depuis la disparition tragique de votre frère, comment vivez-vous en famille quand on sait que Norbert était un pilier de la famille sur le plan financier ?


Norbert avait posé des gages pour sa famille. Mais il faut reconnaître que la famille n’était pas aussi nantie. Chacun se débrouillait à sa façon et nous continuons de le faire toujours. Pour ses ayants droit, Norbert avait eu la lucidité de réaliser une zone de chasse et cela profite énormément à sa famille. Il y a aussi son journal qui l’appuie toujours.


Comment avez-vous accueilli le non-lieu prononcé en faveur de Marcel Kafando qui était l’unique inculpé dans l’affaire ?


Leur non-lieu, c’est leur non-lieu. Je me dis qu’avec ou sans eux, il y aura une justice pour Norbert Zongo. Si vous remarquez, tous ceux qui ont été de près ou de loin impliqués dans ce dossier ont eu une promotion. C’est comme si le fait de dire la vérité ou le droit est un délit. Il est incompréhensible que des gens puissent s’asseoir sur un dossier et soient promus à des postes. Nous, nous ne considérons pas ce non-lieu. Quand ils disent qu’il faut de nouveaux témoignages et qu’un Robert Ménard vienne les faire travailler un dimanche, c’est pour dire que quand on parle du dossier Norbert Zongo, il y a panique. Alors qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Quelqu’un a posé un acte, qu’il l’assume. Nous attendons toujours. La justice doit se prononcer sur le dossier Norbert Zongo.


Sur quoi repose votre espoir pour la réouverture du dossier ?


Je vous donne un exemple banal. On voit actuellement des gens comme Jhon Demyanhuy (NDLR : un ancien nazi) qu’on trimbale sur des brancards pour qu’il soit jugé. Donc, ce ne sont pas des hommes bien portants ou qui sont dans des fauteuils roulants qui ne vont pas répondre. Il y a des gens qui peuvent vous retracer les évènements du 13 décembre 1998 à un millimètre près mais ils se sont cloîtrés parce qu’ils ont peur que ce qui est arrivé à Norbert ne leur arrive aussi. Mais nous pensons qu’un jour, la conscience de quelqu’un va le gronder et il va se défouler. Nous gardons donc espoir. Norbert lui-même peut se rendre justice et c’est ce que les gens ne comprennent pas. Nous sommes tous des humains et nous sommes pressés sinon la vérité va jaillir un jour. Qu’est-ce qu’un individu gagnerait à assassiner froidement quelqu’un et aller s’asseoir ? Ce n’est pas certainement avec eux qu’il faut parler de conscience car certains l’ont perdue il y a longtemps.


Comment appréciez-vous les luttes engagées par les différents mouvements de droits de l’homme ?


Parlant des mouvements, c’est le Collectif contre l’impunité que je vois. Des gens se sont mobilisés spontanément pour dire non à ce qui est arrivé. Le travail que le Collectif a abattu et continue d’abattre est énorme et il faut s’en féliciter. Nous sommes derrière le Collectif pour que la lumière jaillisse sur l’affaire Norbert Zongo. Vous avez une mère qui attend qu’on lui dise ce qui est arrivé à son fils. Elle dit souvent qu’elle préfère mourir pour aller vivre avec son fils que d’être sur terre. Elle veut simplement savoir la vérité et il suffit de lui dire : « Maman, voici ce qui est arrivé à votre fils et nous demandons pardon ».


Il y a eu une Journée nationale de pardon qui a été organisée et qui a rassemblé les familles de certaines victimes. Comment cela s’est passé à votre niveau ?


On ne nous a pas approchés en tant que tel. Avec le système utilisé, je n’appelle pas cela une journée de pardon mais plutôt une kermesse. Cette journée ne nous a pas concernés. En son temps, nous avons posé des préalables. On leur a dit que nous voulons savoir exactement ce qui est arrivé le 13 décembre 1998. Si on nous dit la vérité, on peut par exemple faire les funérailles de notre frère ou demander des messes de requiem pour le repos de son âme étant donné qu’il est l’aîné de la famille. Mais ne sachant pas ce qui lui est arrivé, on ne peut pas aller dans un stade pour un pardon. D’ailleurs, un pardon ne se demande pas dans un stade. Pour qu’il y ait le pardon, les fautifs doivent d’abord se dénoncer.


Si des gens étaient venus vous voir, leur auriez-vous accordé le pardon ?


Si des gens étaient venus nous dire la vérité comme nous le demandions, le pardon serait accordé. Si aujourd’hui des gens viennent nous dire voici ce qui est arrivé à votre frère, c’est un tel qui a fait telle chose et nous demandons pardon, en tant qu’humains, nous ne pouvons que nous plier au noble respect d’un pardon parce que nous savons maintenant ce qui est arrivé à notre frère. C’est dans ce sens que nous pouvons accepter le pardon car en ce moment nos cœurs sont apaisés. Mais si nous ne connaissons pas ceux qui ont posé l’acte ni les commanditaires, on pardonnera à qui ?


Depuis le 13 décembre 1998, est-ce que la vie d’un autre membre de la famille a été menacée ou continue de l’être ?


Non pas du tout. Je me dis qu’ils ne sont pas assez fous pour faire cela quand bien même ce qui est arrivé à Norbert est horrible.


Est-ce que vous avez déjà reçu des émissaires pour vous amener à comprendre les évènements du 13 décembre 1998 ?


A mon niveau non. Je n’ai pas encore été contacté par quelque moyen que ce soit. La famille est ouverte. Si on envoie un émissaire pour nous dire ce qui est arrivé à notre frère, nous allons le recevoir à bras ouverts. Mais si c’est pour venir nous dire d’accepter le pardon tout simplement, cela ne marchera pas. Déjà, ils connaissent la position de la famille. Si on veut nous envoyer des gens, c’est pour qu’ils nous disent la vérité. Pour terminer, je demande aux gens de rester toujours mobilisés derrière le Collectif pour que la vérité jaillisse un jour car ce qui est arrivé à Norbert peut arriver à n’importe qui. Mais que Norbert soit le dernier rempart qu’on ait tué et brûlé. On ne peut pas les empêcher de tuer car ils ont l’art de le faire et ils tueront, mais que ce ne soit pas avec barbarie parce que tout ce qui est mort est maléfique. Que chaque Burkinabè quand il sort, que sa famille n’ait pas à s’inquiéter s’il va revenir ou pas. Les gens souhaitent vivre dans la quiétude et dans la paix.


Source : Propos recueillis par Dabadi ZOUMBARA ( Le Pays )

 


 

http://www.fasopresse.net/IMG/cache-98x150/arton11648-98x150.jpgLe long week-end qui s’annonce sera marqué au Burkina par deux commémorations. La première est la proclamation de la République de Haute-Volta le 11 décembre 1958 qui s’est muée, au fil du temps, en fête de l’indépendance qui a été octroyée le 5 août 1960. La seconde commémoration est le 11e anniversaire du drame de Sapouy (l’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons) du 13 décembre 1998. A la faveur de la commémoration de ce dernier triste anniversaire, nous nous sommes intéressés au dossier judiciaire ouvert pour rechercher le ou les auteurs de ce crime odieux. Pour ce faire, nous avons rencontré Me Prosper Farama qui fait partie du collectif d’avocats nationaux et internationaux constitués pour que la lumière se fasse sur ce drame qui a provoqué une onde de choc sans pareil.


 

"Le Pays" : Quoi de neuf dans le dossier Norbert Zongo après le non-lieu de juillet 2006 prononcé en faveur de l’unique inculpé Marcel Kafando ?


Me Prosper Farama : D’un point de vue judiciaire, il n’y a pas eu du neuf dans le dossier. Maintenant, si vous voulez savoir si les avocats que nous sommes dans ce dossier l’avons rangé dans les tiroirs, bien sûr que non. Seulement, je ne peux pas vous dire ce que nous préparons dans le cadre de ce dossier. Mais il est évident que les avocats constitués mettent tout en œuvre pour que justice soit rendue.


En termes simples, dites-nous ce que c’est qu’un non-lieu ?


Le non-lieu veut dire que le juge d’instruction à qui on a confié le dossier pour enquêter et trouver des suspects dans le cadre de l’assassinat commis, a décidé de clore son enquête en déclarant qu’il n’avait pas trouvé quelqu’un susceptible d’avoir commis ce crime. En droit, le non-lieu veut dire que la justice jette l’éponge et estime qu’elle ne peut pas trouver de coupable relativement à une affaire en cours.


A la prise de l’ordonnance de non-lieu par le juge d’instruction, beaucoup avaient parlé d’enterrement de première classe du dossier. Est-ce votre avis ?


Je pense que c’est la volonté des commanditaires de cette affaire qui est d’enterrer définitivement le dossier. Mais nous l’avons dit et nous le répétons avec conviction : le dossier n’est pas enterré et ne le sera jamais pour autant qu’il y aura des gens autour du dossier pour demander, pour se battre pour que justice soit rendue. Et nous pensons qu’il y a des arguments de fait et de droit qui permettent qu’un jour ou l’autre la lumière soit faite sur cette affaire.


Depuis le non-lieu passez-vous au greffe pour vous enquérir de la situation du dossier, pour voir si toutes les pièces sont là, etc. ?


En droit, tout est une question de procédure. Nous n’avons pas besoin de nous déplacer pour voir le dossier physique d’autant plus que du point de vue de la procédure, tout le monde connaît aujourd’hui la constitution physique du dossier. A notre avis, le problème ne se trouve pas à ce niveau. Le problème posé est de savoir exactement s’il y a eu un acte juridique nouveau qui a pu éventuellement être posé dans le cadre du dossier. Ce qui ne peut pas être fait sans que les avocats de la partie civile que nous sommes, ne soyons avisés. Sur la base du principe de la procédure, si nous ne recevons aucun acte de procédure quelconque nous considérons qu’il n’y a pas eu un acte qui ait été fait dans le cadre du dossier. Maintenant si vous craignez que le dossier disparaisse physiquement – ce qui n’est pas exclu – cela ne changerait rien étant donné que le dossier reste, en termes de pièces, en nombre suffisamment disponible entre les mains des avocats et d’autres parties.


Qui doit rechercher les nouveaux éléments susceptibles de permettre la réouverture du dossier ?


Il appartient à ceux qui sont habilités par la loi à mener des enquêtes dans un dossier à rechercher, en principe, les éléments. En théorie et au stade où nous sommes aujourd’hui dans le dossier Norbert Zongo, il appartient au Parquet, donc au Procureur du Faso, d’entreprendre les investigations qu’il juge nécessaires pour avoir des éléments nouveaux. Cela est un principe. Mais il faut reconnaître que la loi n’exclut pas que toute personne ayant des informations relatives à l’affaire et pouvant permettre la réouverture du dossier peut saisir le Procureur du Faso pour les lui notifier. En principe, si le Procureur estime que les éléments sont à même de pouvoir étayer quelques pistes de recherche, il pourra rouvrir le dossier.


En tant qu’avocat, pouvez-vous concourir à la recherche des fameux nouveaux éléments ?


Dans la procédure de droit d’obédience francophone que nous connaissons au Burkina, contrairement à la procédure anglo-saxonne qui permet aux avocats d’être des investigateurs, l’avocat ne peut pas faire des investigations. L’avocat n’est pas un investigateur au regard de cette procédure. Toutefois, il ne nous est pas interdit que si nous avons des informations quelconques soit directement, soit par personne interposée relatives à l’affaire, de veiller par des moyens légaux à ce que ces informations soient mises en état sûr pour être communiquées à la justice.


Quelle est votre réaction par rapport au sort réservé par le Parquet aux éléments nouveaux apportés notamment quelque temps après l’ordonnance de non-lieu, par Moïse Ouédraogo, cousin de feu David Ouédraogo ?


Cette question est relativement close. Ces éléments nouveaux ont été purement et simplement rejetés par le Parquet qui, à notre avis, n’a pas cherché à savoir s’ils constituaient des éléments nouveaux. Pour nous, les éléments qui avaient été apportés étaient avant tout relatifs au dossier. A partir de ce moment, nous pensons qu’il était de bon aloi pour le Procureur qui a reçu les éléments de ne pas prendre partie mais de considérer que ce sont des informations qu’on lui donne à l’état brut. Et avant de les apprécier, il fallait faire un minimum d’investigations pour s’assurer que les informations portées à sa connaissance sont fiables ou pas. C’est à partir de la fiabilité ou non des informations qu’il peut considérer les éléments comme nouveaux ou pas. Pour nous, le Procureur a fait un véritable "déni de justice". Ayant reçu les personnes en question, il s’est contenté de dire que l’une a dit cela et l’autre a dit ceci, donc elles se contredisent et il ne peut pas prendre en considération les éléments apportés. C’est un parti pris. Il faut dire que cette attitude n’est pas étonnante parce que même avant le non-lieu le Parquet a toujours eu tendance – et nous l’avons toujours décrié - à se prendre pour l’avocat de François Compaoré ou de toute autre personne pouvant être poursuivie dans ce dossier. C’est cette même attitude qui a été adoptée dans le cadre des éléments nouveaux et c’est regrettable. C’est oublier qu’il y a un principe cardinal de la justice qui veut que tous les citoyens soient égaux devant la loi, que ma parole et la vôtre par exemple ont le même poids devant n’importe quelle autorité judiciaire.


En tant qu’avocat de la partie civile, n’aviez-vous pas la possibilité de faire examiner sérieusement les nouveaux éléments rejetés, d’amener le Parquet à se départir du parti pris dont vous parlez ?


Dans le domaine de la justice, il y a la procédure, le droit et l’attitude que certains magistrats adoptent pour des raisons qu’ils sont les seuls à connaître. En droit on ne peut pas user de la force physique mais d’arguments de droit. Or dans le Code de procédure pénale, il est clairement libellé que la seule personne habilitée à apprécier les éléments nouveaux et éventuellement demander la réouverture d’un dossier est le Procureur du Faso. A ma connaissance, le même code ne prévoit aucun recours possible à partir du moment où ce n’est pas une décision que le Procureur rend. Dans le cas qui nous concerne, il s’agit bien d’une appréciation personnelle des éléments qui lui sont apportés. Juridiquement, il ne nous est pas possible à partir de ce moment d’obliger le Procureur du Faso à considérer les éléments comme étant des éléments nouveaux. Par contre, je pense qu’un minimum de professionnalisme de sa part aurait dû le contraindre lui-même à prendre en considération les éléments et à les traiter avec objectivité quitte à les rejeter après. Ce que nous reprochons au Procureur, ce n’est pas tant d’avoir rejeté les éléments comme n’étant pas nouveaux mais la méthodologie utilisée, la procédure adoptée pour les écarter. A notre avis, sa procédure est très critiquable pour ne pas dire qu’elle n’est pas conforme à un quelconque professionnalisme. Cela repose tout le débat de la crédibilité de la justice. Les gens ont un pouvoir pour poser des actes et malheureusement ils l’utilisent à d’autres fins. Ils ne posent pas les actes dans le but de l’intérêt public. A partir de ce moment, il n’appartient pas aux avocats d’en tirer les conséquences mais plutôt à ceux chargés de veiller au bon fonctionnement de la justice de le faire et, s’il y a lieu, de prendre des sanctions. Ce qui n’est malheureusement pas le cas au Burkina.


Certes, vous refusez de parler d’enterrement du dossier, mais n’est-ce pas ce qui risque d’arriver finalement étant donné que trois ans après il n’y a rien qui est fait pour qu’on puisse espérer une quelconque réouverture du dossier ?


Je constate que les citoyens sont impatients vis-à-vis de ce dossier parce qu’ils ont soif de justice. Et puis trois ans dans la vie d’un peuple, ce n’est rien par rapport à ce que l’on a vu ailleurs. Quand je prends par exemple le cas de Pinochet au Chili, celui de Maurice Papon en France. Ce sont des dossiers qui ont traîné pendant 30, 40 voire 50 ans. Mais après, la justice a été rendue d’une façon ou d’une autre. Ceux qui avaient pensé pouvoir enterrer ces dossiers se sont retrouvés face à la justice. Cela a pu se faire parce qu’il y a eu des gens qui se sont battus durant des années pour que ces dossiers ne soient pas enterrés. Au Burkina, nous avons une chance par rapport au dossier Norbert Zongo parce que ce n’est pas un groupe qui se bat pour que le dossier connaisse une issue judiciaire. C’est pratiquement un peuple qui est mobilisé et le combat se transmet d’ailleurs de génération en génération. Je suis optimiste et je ne pense pas qu’on puisse empêcher tout un peuple de faire triompher la justice même dans un dossier qui implique, on suppose, des personnes haut placées.


Mais il y a la prescription qui fait que le dossier ne peut pas rester éternellement pendant !


La prescription est un concept de droit. Cela veut dire que le délai légal imparti au-delà duquel le dossier est enterré peut être interrompu ou suspendu. C’est le rôle des avocats de poser chaque fois des actes pour que la prescription soit interrompue ou suspendue.


Une certaine opinion soutient mordicus que tant que le régime en place sera là, l’affaire Norbert Zongo ne pourra jamais être jugée. Qu’est-ce que vous dites par rapport à cette opinion ?


Je comprends cette opinion que je partage d’ailleurs dans un certain sens étant donné que le dossier est éminemment politique. Et de ce point, le dossier concerne de près ou de loin certains dirigeants de la République. Au regard de cela, ces derniers n’ont aucun intérêt à ce que justice soit rendue dans cette affaire. Et plus ou moins il y a une mainmise politique sur le judiciaire en ce moment concernant le dossier. Je suis donc d’avis que tant qu’il y aura un rapport de force en faveur des dirigeants en place par rapport à ce dossier, il n’y aura pas d’issue judiciaire sous leur règne. Mais je suis convaincu que si le rapport de force change, il est évident que ce dossier peut bel et bien être jugé même sous ce régime.


Pour le 13 décembre 2009, y aura-t-il quelque chose qui sera fait, histoire de rappeler le dossier aux bons souvenirs des uns et des autres ?


Il faut dire que ce que l’on recherche, ce ne sont pas des actions d’éclat. La commémoration du 13-Décembre n’est d’ailleurs pas la paternité des avocats constitués dans le dossier. C’est une affaire de tout le peuple burkinabè ; il y a un collectif qui, depuis des années, pilote la commémoration de ce triste anniversaire et il lui revient de coordonner les activités entrant dans ce cadre. En tant qu’avocats, nous sommes disponibles pour participer à la commémoration. Et c’est ce que nous faisons chaque année.


Avez-vous des nouvelles de Marcel Kafando ?


J’ai de ses nouvelles mais pas de façon officielle. Les nouvelles sont officieuses parce que par le hasard des circonstances, j’habite près de quelqu’un qui est proche de lui et avec lequel j’ai des nouvelles de Marcel Kafando au détour des conversations. C’est ainsi que j’ai appris qu’il a réintégré son domicile, qu’il se porterait mieux apparemment.


Source : Propos recueillis par Séni DABO ( Le Pays )



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