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Une centaine de morts et plus de mille personnes réfugiées

Publié le par nassaramoaga

Les affrontements intercommunautaires entre agriculteurs dogons et éleveurs peulhs qui ont éclaté le 22 mai 2012 à Sari, dans la région de Mopti au Mali, ont fait une centaine de morts, selon un dernier bilan. Le conflit a également provoqué la fuite de plus d’un millier de personnes essentiellement des Peulhs qui ont trouvé refuge dans des villages de la commune rurale de Banh, au Nord du Burkina Faso.

 

http://www.lefaso.net/local/cache-vignettes/L359xH200/affrontema-d253d.jpgSari, village malien situé à 15 km environ de la frontière du Burkina Faso, a été le théâtre de terribles affrontements intercommunautaires entre Peulhs et Dogons. Les témoignages recueillis auprès des éleveurs rescapés ont fui en territoire burkinabè, terrifiants. « Très tôt le matin, les Dogons nous ont encerclés avec des armes blanches et des armes à feu. Certains de nos frères ont pu s’enfuir. Ceux qui n’ont pas voulu quitter les lieux ont été purement et simplement abattus. Les habitats ont été incendiés. Le chef et sept de ses frères ont été calcinés par le feu qu’on a mis à sa maison. Personne n’a été épargnée dans notre communauté. C’était tout simplement une épuration ethnique », raconte un rescapé qui a preferé garder l’anonymat. Après quelques sanglots, il a poursuivi : « La chasse à l’homme se poursuit. Les Dogons sont dans la brousse à la recherche d’éventuelles personnes cachées dans des buissons », dit cet homme d’une cinquantaine d’années, la gorge toujours nouée. .uant aux causes de ces affrontements, les avis divergent. Tout serait parti d’un embargo sur les puits du village, décrété par les Dogons contre les pasteurs peulhs. Un berger peulh qui aurait tenté de briser cet embargo a été grièvement blessé, alors qu’il abreuvait son troupeau. « En réaction, les pasteurs peulhs ont usé de leur fusil et ont attaqué les Dogons », a déclaré un des rescapés ayant gagné le Burkina. Selon une autre source, les Peulhs n’ont pas riposté à l’attaque du berger. « Après l’attaque du berger, les deux camps se sont mobilisés. Les Peulhs se sont retrouvés chez leur chef. Les Dogons sont venus encercler la concession et ceux qui sortaient de la cour royale étaient systématiquement violentés », a affirmé un autre rescapé, Issiaka Barry. Toujours est-il que c’est très tôt le matin du 22 mai 2012 que les éleveurs ont été encerclés dans leur campement et sommés de quitter les lieux. D’ autres témoignages évoquent une affaire de vol de bétail auquel aurait été mêlé un jeune berger peulh. Cette affaire a suscité une montée de la tension entre les deux communautés, ces derniers temps. « Un jeune berger a été accusé de vol de bétail. Il a été ligoté et bastonné. Ce qui n’a pas été du goût des éleveurs peulhs », a dit le maire de la commune de Banh, Boukary Barry. Les Dogons ont décidé donc de sévir. « Ils nous ont interdit l’accès aux différents points d’eau du village. Sachant que malgré l’interdiction, nous arrivions à abreuver nos animaux par d’autres détours, ils ont donc décidé de nous attaquer », a déclaré un rescapé, Issaka Barry. Pillages, fusillades et incendies de domiciles s’en sont suivis. Les Dogons seraient passés à l’épuration ethnique, campement par campement, case par case. Femmes, enfants ont été ainsi violentés. Le chef du village de Sari et sept autres membres de sa famille auraient ainsi péri dans l’incendie de sa maison. Ousmane Barry, un autre habitant de Sari ,était sur les lieux des affrontements. Lui a dû user de ruse pour sauver sa vie. « Le chef et quelques membres de la famille se sont enfermés dans leur maison. C’est à travers des trous creusés dans le mur qu’ils ripostaient aux tirs ennemis. Pour le réduire, les dogons ont incendié le bâtiment dans lequel il a péri », a indiqué Assane Barry. Fondant en larmes, il a affirmé avoir perdu tous les membres de sa famille dans ce conflit. insi, l’attaque lancée par les Dogons contre les Peulhs aurait été très meurtrière. Mais sur le nombre total de victimes dans ce énième et triste conflit intercommunautaire, aucun bilan exact n’a pu être obtenu, du fait que les évènements se sont déroulés en territoire malien où l’administration centrale n’existe plus depuis que des groupes rebelles se sont emparés du Nord du pays. Après diverses vérifications et recoupements, les autorités dans la région du Nord estiment le nombre de morts à plus de 100 personnes. Les premières estimations faisaient pourtant état de 20 à 30 morts, du côté des éleveurs, le premier jour.

 

Les secours


Les derniers témoins fuyant la chasse à l’homme et ralliant le sol burkinabè, parlent de dizaines de corps abandonnés dans la nature. Des disparus ont été signalés. Les dégâts matériels sont nombreux. Le bétail a été abandonné dans la fuite.


L’attaque contre le berger peulh n’est en fait que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En réalité, la cohabitation entre ces deux communautés était devenue très difficile depuis un certain temps, selon diverses sources. L’affaire remonte à une piste à bétail contestée par les populations dogons de Sari et des villages alentours depuis plus d’une dizaine d’années. Une décision de justice a même été rendue à ce propos et la zone pastorale avait été délimitée par les autorités maliennes. Le refus de respecter cette décision de justice avait, semble-t-il, abouti à des interpellations et des peines de privation de liberté à l’encontre des agriculteurs récalcitrants. « Quelques Dogons ont été emprisonnés. C’est depuis lors qu’ils ont juré de se venger », a indiqué Issiaka Barry. our apaiser la situation et venir en appui aux sinistrés, une rencontre de concertation de la communauté peulhe a été convoquée par le chef de Banh, le 26 mai. Pour le maire Boukary Barry, cette solidarité avec la communauté peulhe du Mali est une logique. En effet, les Peulhs de Sari et de Banh entretiennent des liens de parenté directe. « C’est de Sari que nos ancêtres sont venus s’installer à Banh. Même de nos jours, ces liens de parenté sont fortement entretenus. Il n’y a pas de frontière entre ceux qui sont au Mali et ceux du Burkina Faso », a déclaré le maire. En effet, l’installation des Peulhs dans cette région remonterait à plus de trois siècles. Les Barobés, un groupe ethnique, y ont fondé un royaume peulh, celui de Foy, et ont su sauvegarder leur autonomie au milieu des entités mossé, kurumba et Dogons. oe gouverneur de la région du Nord, Khalil Bara, accompagné des autorités de la province du Lorum, se sont rendus dimanche 27 mai à Banh et à Djengué pour rencontrer les déplacés. Après le message de compassion et les appels au calme de M. Bara, les services de l’Action sociale ont procédé au recensement des personnes déplacées. Au moins, un millier de déplacés vivent actuellement dans le dénuement total dans cinq villages de la commune de Banh. Il s’agit des villages de Djem, Ségué, Bara, Djengué et Bani. Tous attendent le secours du gouvernement burkinabè et l’aide des organisations humanitaires. Les populations continuent d’affluer, or nous n’avons pas de quoi les prendre en charge », a déclaré le maire de Banh, appelant à l’aide de tous. Un contingent de forces de défense et de sécurité a été déployé sur les lieux, afin de sécuriser les déplacés en territoire burkinabè. Au moment où nous bouclions ce papier, le gouverneur de Mopti Saïdou Toumani Camara a rejoint son homologue du Nord pour une visite aux réfugiés ce dimanche 27 mai 2012. Une séance de travail réunissant les deux hauts responsables régionaux devraient permettre de mettre fin à la chasse à l’homme qui se poursuit à Sari et dans ses environs.


Les gouverneurs du Nord et de Mopti se sont rencontrés dans le village de Djengué, commune rurale de Banh. M. Camara a reconnu la gravité des faits qu’il a qualifiée de "crime horible perpétré par des Maliens sur des Maliens". Il a souligné que des mesures ont été prises pour arreter les exactions, rechercher les "auteurs de ces crimes odieux" et les traduire en justice. Déjà, a-t-il affirmé, des arrestations ont été opérées. Les secours d’urgence sont déjà en route pour venir en aide aux nombreux déplacés dans cette partie du Burkina Faso.

 

Source: Sidwaya

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