Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les forgerons du Yatenga

Publié le par nassaramoaga

http://images.google.fr/url?source=imgres&ct=tbn&q=http://www.cargo21.org/bodb_upload/forgeron.jpg&usg=AFQjCNGLhsclZczuHY5jsbSLimpAJcs_FALes différents groupes de forgerons

Les forgerons sont appelés Saaba (sing. Sâyâ) en moore. Ils ne constituent pas une "ethnie" à part. Ils appartiennent aux mêmes groupes ethniques déjà identifiés, mais la diversité de leurs origines et l’intérêt qu’ils suscitent pour notre étude nous amènent à leur réserver une considération particulière. Nous effectuons le regroupement suivant sur la base du sondre.


Les forgerons Giti


Les forgerons Giti seraient d’origine dogon de Sanga, mais leur étape initiale la plus connue fut Giti. Ce nom de Giti qui est en fait un nom de royaume leur aurait été imposé par Naaba Wumtanango qui les avait enrôlés dans son armée. Wumtanango voulait ainsi témoigner leur assujettissement à ces forgerons. Lui et son fils Antugum portaient tous deux un intérêt particulier à la métallurgie. Ils réduisirent certains métallurgistes en esclavages et tentèrent de fixer d’autres en les soumettant à des mesures discriminatoires. Beaucoup de métallurgistes Kibsi vont remonter au Nord pour fuir la persécution.
Les forgerons Giti suivirent Naaba Wumtanango dans ses conquêtes jusque dans la région de Kombri, c’est ce qui explique leur présence à Ronga qui est un important centre de forgerons.
Ailleurs, on les rencontre à Youba, Séguénéga, Kalsaka, Zomkalga, Ranawâ, Tangin, etc.



Les forgerons Zorom

Le nom Zorom viendrait d’un terme péjoratif mooga, zoromga (pl. zoromse) qui désigne un étranger ou un gourmand. Les forgerons Zorom constituent un groupe très important au Yatenga. De l’avis général, ils sont originaires de Sanga et Dubaré. Mais les avis diffèrent quant à la manière dont ils se sont dispersés dans le Yatenga.
M. Izard soutient que leur dispersion à partir de Sanga serait consécutive à l’installation de Naaba Rawa dans la région. De Sanga, ils auraient fui à Tougou et Ronga qui étaient déjà habités par les Kurumba. Vînt ensuite Naaba Wumtanango qui les dispersa. Les métallurgistes n’auraient donc pas suivi le mouvement des autres Dogon vers le Nord, préférant rester dans les zones minières déjà connues.
Une autre version soutenue par les sources orales les fait venir de Sanga mais par l’intermédiaire d’un seul homme qui aurait quitté Sanga par suite d’une querelle de succession. Ce dernier s’était installé auprès d’un bugo (pl. bugba) à Lougouri qui lui céda une fille en mariage. De cette union naquirent neuf enfants qui se dispersèrent de la façon suivante ( voir encadré ) :
Toujours d’après les sources orales, les forgerons Zorom de Büsigin sont co-fondateurs de Ouahigouya avec Naaba Kângo. C’est de Büsigin en effet que Naaba Kângo aurait fait venir un forgeron pour abattre le Kângo (Acacia penata) qui occupait l’emplacement de l’actuel palais de Yatenga Naaba.
De ce fait, les Zorom Saaba ont une fonction politique. C’est parmi eux que se recrutent les chefs des forgerons de tout le Yatenga.
Outre les villages cités ci-dessus, les principales zones d’influences zorom sont Soden, Sulu, Namsigya, Luguri, Ouahigouya etc.



Les forgerons Kindo


Les forgerons Kindo sont de deux origines différentes. Le nom Kindo est d’origine moaga et le groupe authentiquement Kindo vient de Zitenga, de la descendance de Naaba Zida. Ce serait des Nakombsé convertis en forgerons par suite d’une querelle de succession. Ils auraient appris le métier auprès des forgerons Giti. Leurs grands centres sont Gambo, Kosouka, Sitigo, Womsom, Kindiba. Certains se retrouvent à Koumbri.
Le second groupe de forgerons est originaire de Barabullé dans le Jelgoji (actuelle province du Soum). Ils se disent eux mêmes Dogon d’origine. Du Jelgoji, ils descendent à Lougouri où ils rencontrent les forgerons moose et à qui ils empruntent le nom Kindo. De Lougouri, ils se dispersent dans tout le Yatenga.
Ces trois groupes de forgerons que nous venons d’étudier constituent les principaux sâ-roto, mais non les seuls, car il en existe bien d’autres. A Désé, dans la région de Kombri, on trouve des forgerons de Sondre Zalle venus de Kalsaka.
Les forgerons dogon du nom Warma installés à Koumbri viennent de Ségou. Il en est de même des forgerons Kamboense de Ouahigouya venus avec Naaba Kango. A Tougou, il existe des forgerons ninisi de Dio portant le nom Sawadogo.
La liste n’est pas exhaustive. Et nous attirons ici l’attention des lecteurs sur la difficulté de vouloir distinguer les différents groupes de forgerons par leur sonda (nom). Ceci s’explique par les changements fréquents des noms à l’époque migratoire. De toute apparence, presque tous les forgerons du Yatenga ne portent pas leurs noms d’origine. Cette situation découle de l’extrême mobilité des forgerons et les déplacements souvent intempestifs ont des causes diverses. Selon certains, ce sont des querelles intestines qui ont entraîné des éclatements de groupes initiaux. Pour d’autres, il s’agit de la recherche de lieux favorables au métier. Nous pensons que l’action des chefs politiques du Yatenga a également joué un rôle dans cette odyssée. Certains déplacements de forgerons sont liés à des créations de commandements politiques. L’exemple le plus illustratif est celui des Zorom aux côtés de Naaba Kângo à Ouahigouya. Les temps forts des migrations se situent à l’époque des premiers conquérants dagomba.
Ces démiurges, quoique castés vraisemblablement pour des raisons socio-économiques, ont joué un rôle technologique fondamental à l’époque où nous nous situons.


Source : Bendré

Commenter cet article