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Une présidentielle déjà pliée

Publié le par nassaramoaga

 Au Burkina Faso, en principe le 10 novembre, les électeurs devront se choisir un président du Faso. Blaise devra mettre un peu en sourdine ses multiples facilitations pour s’occuper de cette affaire domestique qui le concerne au premier chef. Et sauf tsunami électoral, il devra rester dans le palais de Kosyam pour les 5 prochaines années faute d’adversaire à sa taille. Une présidentielle déjà pliée donc.


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En octobre 2008, et même à la veille de la présidentielle américaine, nul n’osait encore affirmer de façon tranchée que Barack Obama serait le vainqueur face au champion républicain John Mc Cain. Certes, les sondages plébiscitaient l’ex-sénateur de Chicago, mais avec la grande inconnue des grands électeurs, il était hasardeux de désigner qui sera le 44e président des USA.


Du reste, un précédent au pays de l’Oncle Sam incitait à la circonspection : En 1948, cette manchette barrait la Une du Chicago Daily Tribune : « Dewey bat Truman ». Alors que c’est le démocrate Truman qui était en réalité le vainqueur. Les sondages avaient menti, et ce journal était passé à côté de la plaque.


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En mars 2000, au Sénégal, la victoire de Wade face à un Abdou Diouf cornaqué par un PS usé n’était pas évidente et aucun Sénégalais ne savait l’issue de cette bataille épique. Pas même « Gorgui » de l’avis de ses compagnons d’alors que sont Abdoulaye Bathly et Amath Dansoko1. Par essence, une élection oppose des candidats, au sein desquels il y a des favoris, des outsiders et des tocards. Encore que même si souvent on fait ce parallèle, les lois des jeux du hasard ne s’appliquent pas à la lettre en politique. Dans le domaine des élections, le favori ou plutôt celui qui surfe sur les crêtes des sondages a de réelles chances de passer. Néanmoins, il subsiste toujours cette marge d’incertitude qui fait d’ailleurs le charme de toute élection.


Hélas, ce n’est pas sous tous les cieux que le vainqueur n’est pas connu d’avance. Dans de nombreux pays africains, les élections sont soit truquées, soit tronquées, si elles ne sont pas organisées pour légitimer celui qui a déjà les rênes du pouvoir. La présidentielle de 2010 au Burkina Faso appartient à cette catégorie de compétition.


Retour en 2005


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Il y a 5 ans à la dernière présidentielle, ils étaient 13 sur la ligne de départ. A l’époque aussi on savait que celui qui est au pouvoir depuis 1987, n’allait faire qu’une bouchée de ses adversaires. Déjà un sondage du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) dénommé Fasobaromètre avait fait un classement qui a été confirmé le 13 novembre 2005 par le Conseil constitutionnel : Blaise Compaoré arrivait en tête avec 80,30%, suivi de Me Bénéwendé S. Sankara avec 4,94%, de Laurent Bado (2,61%). Il est vrai que le désistement d’un Hermann Yaméogo, pratiquement à la veille du scrutin, a un peu faussé les calculs, puisque la CENI a maintenu ses logotypes qui étaient déjà imprimés sur le bulletin unique.


Avec le recul, peut-on affirmer que même si tous les opposants avaient choisi un candidat unique, ils auraient battu Blaise ? Cette hypothèse n’est pas évidente car, non seulement, il est adossé au méga-parti le CDP ou, c’est selon, c’est le CDP qui est arrimé à lui, et quoi qu’on dise, ce parti est le mieux implanté au Burkina Faso. Qu’en sera-t-il de 2010 ?

 


Promenade de santé pour le locataire de Kosyam

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« Est-ce que le CDP va adouber Blaise Compaoré pour la présidentielle de 2010 ? ». A cette question posée au patron du CDP, lors du 4e congrès du parti majoritaire tenu les 23, 24 et 25 juillet 2009, Roch Marc Christian Kaboré a répondu en substance que, le moment venu, les Burkinabè seront situés. Une façon d’entretenir un faux suspense puisque, sauf tremblement de terre, ce sera évidemment le « militant émérite » qui sera investi pour un autre mandat en 2010. Et sauf tsunami électoral également, Blaise restera le prochain locataire du palais de Kosyam jusqu’en 2015. Pourquoi ? Revue de détail de ses possibles ou probables adversaires :


- A tout seigneur tout honneur, Me Sankara, le patron de l’UNIR/PS, et chef de file de l’opposition burkinabè s’est déjà déclaré candidat à la présidentielle prévue en principe le 10 novembre 2010. Peut-il faire mieux que 2005 ? En principe oui ! Il a gagné en épaisseur politique, en nouant des alliances avec d’autres formations sankaristes et avec la mise sous boisseau des ambitions d’autres leaders politiques, l’homme à la barbichette à la Hoh-chi-minh peut étonner par son score. Pourra-t-il déraciner le Baobab de Kosyam ? Là c’est une autre paire de manches.


D’abord, et Me Shttp://www.lepays.bf/IMG/jpg/45img.jpgankara en est conscient, son parti doit encore gagner en assises, et les bisbilles récurrentes chez les orphelins du père de la Révolution burkinabè ne facilitent pas la tâche. Ensuite, pour de nombreux Burkinabè, l’homme doit encore affirmer sa stature d’homme d’Etat, et surtout adapter son discours politique. Si Sankara ou plutôt les idéaux de l’ex-président du Faso sont porteurs, il faut les contextualiser, et les ramener aux générations actuelles. Sankara est mort en 1987, ses idées demeurent immortelles, il faudra que tous ceux qui sont sankaristes sachent les actualiser. Me Bénéwendé Sankara lui-même confiait en 2005 que « la faiblesse de l’opposition burkinabè provient d’abord des hommes qui s’en réclament » (in Interview dans l’Observateur paalga du 29 novembre 2005).


- Laurent Bado : En créant le PAREN il y a 10 ans, il ne visait pas selon son propre aveu « le pouvoir d’Etat ». Il s’agissait pour lui d’éveiller les consciences, de pousser les Burkinabè à emprunter sa 3e voie : le Tercerisme qui n’est « ni capitalisme, ni socialisme », l’un étant la peste, l’autre le choléra. S’il se présente en 2010, il pourra toujours grappiller des voix, estudiantines notamment ; mais il ne peut en aucune façon inquiéter Blaise Compaoré, qui a piégé d’ailleurs l’homme de Zoula (avec Emile Paré) il y a quelques années de cela ,avec une histoire d’argent, ce qui avait fait baisser la côte du fondateur du PAREN.


- Ram Ouédraogo : le premier écolo du Faso avait croisé le fer avec Blaise en 1998. On l’avait qualifié de « candidat accompagnateur ». L’homme a depuis continué son chemin, même si son parti a connu plusieurs scissiparités. Si fait qu’il y a au moins 3 partis Verts au Faso. Lui aussi ne pourra pas empêcher Blaise de rester scotché à son fauteuil.


- François Kaboré du PDP/PS reste un peu inconnu, même s’il a pris la tête du parti du professeur Joseph Ki-Zerbo. Il ne pourra pas grand-chose. La formation a subi une saignée telle qu’il faut batailler ferme pour qu’elle retrouve sa vigueur d’antan.


- Le Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (RDS) né justement d’une scission d’avec le PDP/PS va-t-il investir Ouendlassida François Ouédraogo, transfuge du PDP/PS ? Et que pourra-t-il vu que le parti (dont l’une des figures emblématiques reste le Dima de Bousouma) n’a pas encore testé son implantation ?


- Hermann Yaméogo : Ira ? Ira pas ? Le Pape du « tékré » et patron de l’UNDD n’a pas encore pris sa décision. Mais au regard de ses récriminations envers la CENI, pour le moment, le boycott est la probabilité qu’il peut privilégié.


- Maxime Ouoba « le Kofi Yagname de Bruxelles » ? Sur la chaîne de télévision Africa 24, un Burkinabè du nom de Maxime Ouoba vivant dans la capitale belge s’est déclaré aussi candidat à cette course à la magistrature suprême.


C’est un constat : Au vu des forces en face, Blaise Compaoré a encore de beaux jours dans son palais. Ce n’est pas le CDP qui est fort, c’est l’opposition qui est faible a-t-on coutume d’avouer.


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Les bailleurs de fonds avec un euphémisme tout diplomatique l’ont bien compris, eux, ne veulent plus mettre un kopeck pour l’organisation d’élections au Faso arguant que « Le pays est rodé dans les scrutins ». Pour 2010, la CENI évoque 20 milliards, somme nécessaire pour la tenue du scrutin. Peut-être que si l’on revoit la question du vote des Burkinabè de l’Etranger, ce budget sera revu à la baisse. Rodé peut-être mais c’est parce que ce sont les mêmes qui gagnent toujours… 2010 ne changera rien à cette horlogerie politique. Et le multi-facilitateur Blaise va se succéder à lui-même.





Source : L'Observateur Paalga ( Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana )
Note :br> (1) In interview dans de l’Observateur du 22 janvier 2007 et celui du 12 janvier 2008

Commenter cet article

booobooob 03/01/2010 12:47


Yes Nassa !
Merci pour tes voeux !!!!
Trop plaisir !
Je souhaite également le meilleur pour 2010 !
+5 man !