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“Nous sommes victimes de la mondialisation”

Publié le par nassaramoaga

http://www.twip.org/photo/africa/burkina-faso/photo-6623-30-10-06-05-13-43.jpg


La ville de Banfora, située à environ 450 km à l’Ouest de Ouagadougou, commémore du 18 au 20 décembre prochain, son cinquantenaire. Une occasion pour le maire Souleymane Soulama, qui préside aux destinées de la commune depuis octobre 2006, de s’appesantir dans cette interview, sur des aspects liés à la relance économique de la ville, frappée par la crise et sur des questions ayant trait au processus de décentralisation au Burkina Faso.


Sidwaya (S). : Nos lecteurs voudraient connaître un pan de l’histoire de votre commune


http://www.sidwaya.bf/local/cache-vignettes/L150xH227/arton709-7293e.jpgSouleymane Soulama (S. S.) : Banfora est une ville cosmopolite aujourd’hui. Mais au départ, elle a été fondée dans les années 1700. Les premiers habitants furent les Karaboro, les Gouin, les Turka. Elle a été érigée d’abord, en poste administratif en 1904, ensuite, en cercle en 1951 et enfin, en 1959, en commune. Ce qui explique cette commémoration du cinquantenaire. Depuis sa création en commune, il y a eu quatre maires et onze présidents de délégation spéciale qui se sont succédés.


De 1959 à 1966, le premier maire fut Bégnon Koné qui était en même temps, le président de l’Assemblée nationale de Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso. Et de 1966 à 1995, il y a eu une succession de présidents de délégation spéciale. Yoffu Bamouni, Pierre Dabiré, Idrissa Sawadogo, Paul Henri, Théophile K. Dembélé, Sié Jean de la Croix Pooda, Davaba Tiaho, Salif Ouédraogo, Moussa Sidibé, Nitor Jean Clément Hien. Lorsque nous avons renoué avec la communalisation en 1995, feu Mamadou Koné fut élu premier maire de l’ère démocratique.


Ensuite, il y a eu Yacouba Sagnon. Et Mamadou Koné est revenu suite aux élections municipales de 2006, mais il est décédé quelques mois plus tard. Ce qui a prévalu à mon élection en octobre 2006, jusqu’à nos jours.


S. : Quelle est la physionomie du conseil municipal que vous dirigez ?


S. S. : Nous sommes un conseil municipal de 72 membres, issus des 15 secteurs de la commune et des 22 villages rattachés. Comme toute commune, il y a le maire, ses deux adjoints et trois commissions permanentes. Le conseil prend des délibérations qui sont exécutées.


Il n’y a que deux partis dans le conseil municipal de Banfora : le Rassemblement des démocrates du Burkina (RDB) et le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Après les élections de 2006, le RDB, parti de la mouvance présidentielle, est sorti majoritaire. Feu le maire Mamadou Koné et moi-même sommes issus de ce parti.


S. : D’où vient le sobriquet “la cité du paysan noir” collé à Banfora ?


S. S. : Lorsque le colon est arrivé pour la première fois à Banfora, il a constaté chaque matin, que les habitants se déplaçaient avec leurs dabas à la main. Et lorsqu’il effectuait des tournées dans les plaines, il se rendait compte que les gens travaillaient permanament la terre. Et le colon s’est dit : “ces gens ne font que travailler la terre”. Donc, cette appellation de paysan noir est partie du colon.


S. : La cité du paysan noir était dans un passé récent, connue comme une cité industrielle avec la SOSUCO, les GMB, la SOPAL. Aujourd’hui, ces unités de fabrication et de production de sucre, de farine et d’alcool sombrent dans une crise profonde. Que s’est-il passé ?


S. S. : Banfora a été effectivement pendant longtemps, considérée comme un foyer industriel. Et même jusqu’à une date récente, la SOSUCO était le premier employeur après l’Etat. Il faut dire que nous avons été victimes du phénomène de la mondialisation.


Parce que c’est la libre concurrence. Lorsque les produits ne sont pas compétitifs, il va de soi que les entreprises connaissent des difficultés. Et c’est précisément le cas avec les Grands Moulins du Burkina (GMB).


Même si on peut aussi accuser la gestion du repreneur que l’Etat a fini par renvoyer. Actuellement, la SOSUCO a aussi des difficultés. Lorsque nous discutons avec ceux qui travaillent là-bas, il ressort que ce n’est plus comme avant. Et le nombre d’employés va chaque année, décroissant. Il n’y a pas non plus de recrutements. Quant on discute aussi avec les premiers responsables, il parlent de concurrence déloyale, de la part de certains opérateurs économiques.


Cela nécessite que les premières autorités du pays se penchent sur cette situation. C’est un véritable problème, qui joue sur la ville. Parce que ces entreprises payaient des taxes au niveau de la commune. Mais avec leur fermeture ou les difficultés qu’elles rencontrent, cela n’est plus possible. Et cela joue négativement sur notre budget communal. Ensuite, les hommes et les femmes qui travaillaient dans ces sociétés n’ont plus de travail.


Et par conséquent, n’ont plus de salaire. Alors que lorsqu’on est salarié, cela constitue une plus-value et fait tourner l’économie. Maintenant, ce n’est plus vécu comme cela et cette situation se ressent à tous les niveaux.


Non seulement au niveau de la commune, avec des arriérés dans le paiement de la patente, mais aussi au sein des familles, parce qu’il n’y a pas une famille à Banfora, qui n’est pas directement ou indirectement liée à la SOSUCO. Et même dans les zones environnantes. Puisque pendant ses campagnes, la SOSUCO enregistre un grand nombre de main d’œuvre, provenant des localités voisines.


Au regard de ce tableau peu reluisant, quelles sont les actions entreprises par le conseil municipal, pour la relance économique de la ville ?


S.S. : Au niveau du conseil municipal, nous essayons de mettre des stratégies en place, pour faciliter certaines actions au niveau des opérateurs économiques. C’est vrai que nous ne pouvons pas créer une société. Mais, nous facilitons tout ce qui concourt à la création d’entreprises, de même, nous encourageons tous ceux qui veulent s’installer à leur propre compte, pour créer une société en facilitant leurs tâches sur bien des aspects.


Cela peut-être l’acquisition de terrain en zone industrielle, ou dans le domaine public, etc. En tout cas, nous faisons tout pour que ceux qui veulent investir soient à l’aise. D’ailleurs, nous lançons un appel aux opérateurs économiques. Ceux qui veulent investir surtout dans le domaine de la transformation agro-pastorale, peuvent venir. Car, il y a beaucoup de potentialités.


S. : Le fait d’être une ville-frontière ne constitue-t-il pas un atout pour la commune , au plan économique ?


S.S. : C’est un véritable atout effectivement. Parce que Banfora est située dans l’espace escabeau. L’espace escabeau, c’est Sikasso (Mali), Korhogo (Côte d’Ivoire), Bobo-Dioulasso (Burkina). Donc, Banfora est une zone de transit. S’il n’y avait pas eu des problèmes en Côte d’Ivoire, de même que la fermeture des GMB, nous n’allions pas ressentir la crise de cette façon.


Mais le fait qu’il y ait des difficultés juste à côté de nous, a contribué à ralentir les activités. Maintenant, les choses commencent à reprendre en Côte d’Ivoire et nous souhaitons vivement qu’ils puissent renouer avec les élections au premier trimestre de 2010. Et cela pourrait ramener les choses à la normale. Avant tout, ce qui était trafic passait par là.


Mais avec les difficultés, les camions ont fortement diminué ou ont changé d’axes. Mais nous pensons qu’en 2010, si tout marche bien dans les trois pays (Mali, Côte d’Ivoire, Burkina Faso) les échanges, que favorise Banfora, vont reprendre.

( ... )

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