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Lutte contre le mariage précoce : Les responsables coutumiers et religieux du Sahel s’engagent

Publié le par nassaramoaga


                  Le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, en collaboration avec ses partenaires techniques et financiers, a organisé le vendredi 13 novembre 2009 à Dori, dans la province du Séno, une rencontre de plaidoyer contre le mariage précoce avec l’émir du Liptako et tous les chefs coutumiers et religieux de son ressort territorial. L’objectif de la rencontre a été d’obtenir l’adhésion de ces leaders à la lutte contre le mariage précoce.

Ce vendredi 13 novembre 2009 à 9 heures, le palais de l’émir du Liptako à Dori, chef-lieu de la province du Séno, était plein de monde. Au fond de la cour, des femmes s’activaient à la préparation de différents mets. Sous le vestibule de la salle d’audience, étaient assis plusieurs responsables religieux et coutumiers. Non loin à gauche, l’orchestre de Yéro Kampéti faisait vivre au public les mélodies de la musique peulhe. Toute cette ambiance festive annonçait la tenue d’un grand événement. A 9h 30mn, la délégation du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN) et de ses partenaires techniques et financiers, conduite par la secrétaire générale dudit ministère, Françoise Tapsoba, est accueillie dans la cour royale par l’émir, Amir Nassourou Dicko. Après quelques salutations d’usage, place à la cérémonie de plaidoyer contre le mariage précoce.


S’inscrivant dans le cadre du projet "Mettre fin au mariage précoce au Burkina Faso", cette rencontre a pour principaux objectifs, de présenter l’ampleur du mariage précoce et ses conséquences dans le Sahel aux responsables coutumiers et religieux, d’instaurer une discussion entre les acteurs des projets et ces responsables sur la question et obtenir leur engagement dans la lutte contre le phénomène. Selon le coordonnateur de Recherche de Population Council, partenaire du projet, la situation est très préoccupante dans la région du Sahel. En effet dans cette région, 1/5 des filles se marient entre 10 et 14 ans et 47,8%, entre 15 à 17 ans. Pire, a renchéri la secrétaire générale du MASSN, Françoise Tapsoba, les filles sont soustraites, pour la plupart du temps, de l’école pour être conduites chez leurs maris à moins de 9 ans. "Souvent quand la fille voit ses premières règles, on la considère comme déjà mûre pour le mariage. Pourtant, il y a des filles qui voient leurs règles très tôt", a soutenu Mme Tapsoba. Le mariage précoce est donc une pratique socioculturelle dans cette localité à majorité peulhe et fortement islamisée.


Une pratique aux conséquences graves


Même l’émir Amir Nassourou Dicko en a été victime. "Quand j’avais l’âge de 16 ans, je suis revenu un jour de l’école et mon père m’a dit, voici ta femme. La fille en question avait en son temps, 9 ans. Mais par respect pour mon père et la tradition, j’ai accepté ", a indiqué l’émir du Liptako. C’est ainsi qu ’il s’est engagé dès lors, à combattre ce phénomène. "A la cérémonie de mon intronisation, j’ai choisi comme programme de développement la lutte contre le mariage forcé et précoce.


Tous les marabouts et les chefs de village qui étaient à la cérémonie ont baissé la tête parce qu’il s’agissait pour eux, d’un sujet tabou. J’ai été combattu et même contraint à l’exil à Gaoua", a confessé l’émir. Selon le coordonnateur de Population Council, Abdoulaye Semdé, les raisons de cette pratique sont purement sociales et religieuses. Il s’agit entre autres, de la précarité des conditions de vie des parents, du besoin d’une main d’œuvre de la crainte de la survenue d’une grossesse non désirée chez la fille qui est un déshonneur pour les parents, de la nécessité de la conservation de la virginité jusqu’au mariage, etc. Cette pratique n’est pas sans conséquences sur la jeune fille, a indiqué Abdoulaye Semdé.


"Le mariage précoce expose la fille aux grossesses précoces, à la forte fécondité, à la mortalité maternelle et infantile, aux fistules obstétricales, aux infections sexuellement transmissibles et aux violences physiques et morales", a laissé entendre M. Semdé. Cette pratique, a-t-il poursuivi, contribue à la non scolarisation et à la déscolarisation des filles dans la région. Au regard de l’ampleur du phénomène et de ses conséquences dans le Sahel, la secrétaire générale du MASSN, Françoise Tapsoba, a interpellé tous les responsables coutumiers et religieux à s’engager pour aider le projet "Mettre fin au mariage précoce au Burkina", à éradiquer à jamais cette pratique qui constitue un problème de développement. L’émir du Liptako, avec sa suite de 92 chefs de villages et 34 imams, s’est engagé publiquement devant le Kadir, juge suprême du royaume, à être un allié de taille de la lutte contre le mariage précoce.


Le projet "Mettre fin au mariage précoce au Burkina" est, selon Désiré Yaméogo, chargé de programme protection des enfants à l’UNICEF, un projet-pilote du MASSN financé par le Japon et soutenu par le Système des Nations unies. Il couvre la période 2008-2010 et a pour but d’augmenter la sécurité humaine des adolescentes mariées ou courant le risque d’un mariage précoce, à travers une approche multisectorielle intégrée pour améliorer l’éducation, la santé et le statut social des personnes bénéficiaires. Ce projet intervient dans cinq régions, selon M. Yaméogo. Il s’agit des régions du Centre-Sud, de l’Est, du Sahel, du Centre-Est et du Centre-Nord.


 

Source : Sidwaya(Lassané Osée OUEDRAOGO)

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