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Le musée de l’eau où "nul n’entre s’il ne boit de l’eau"

Publié le par nassaramoaga

Il s’illustre par sa singularité. Le musée de l’eau où "nul n’entre s’il ne boit de l’eau", veut faire de la collecte des objets et matériels liés à la chaîne de transmission de l’eau, sa spécialité. Il nourrit bien d’autres ambitions dont celle de donner plus de visibilité à ses autres vitrines. Des idées originales s’il en est. Mais le hic : le musée manque cruellement de moyens financiers. Pour y remédier, le directeur du musée, pour qui l’eau nous parle, n’a pas d’autre choix que demander du soutien.


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Au fronton du sanctuaire, un message à moitié emprunté à la célèbre phrase du philosophe grec, Platon : "Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre". Bienvenue au musée de l’eau où, ici plutôt, "Nul n’[y] entre que s’il boit de l’eau". En fait, une façon de ne fixer aucune limite d’accès à l’établissement sis en zone périphérique de Ouagadougou dans la commune de Saaba, du moment que rares sont ceux qui ont pour interdit l’eau. "Contrairement au nôtre, vous avez des musées où les publics sont bien ciblés. Par exemple, tout le monde ne peut accéder au musée de l’aviation. Pour la petite histoire, en nous rendant visite, se souvient Alassane Samoura, directeur du musée, un Belge nous avait dit qu’il ne buvait que du vin. A base de quoi le vin est-il fait ? , ai-je alors rétorqué."


Ce samedi 30 janvier dans la matinée, à l’intérieur du musée aux locaux très modestes, le regard du visiteur est tout de suite porté sur un tableau où le mot "eau" est traduit dans diverses langues du monde : de l’anglais (water) au mooré (koom) en passant par le swahili (mayi), le Malgache (rano), le djerma (hari), le fulfuldé, l’italien, l’allemand, etc. Et Alassane Samoura de faire remarquer : "Dans la plupart des langues, en tout cas, pour ce qu’on a pu recenser jusque-là, le mot n’a pas plus de deux syllabes. C’est comme papa et maman dans les langues du monde". Conclusion du directeur : "L’eau est du domaine du sacré".


L’eau dans tous ses états linguistiques


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Cet homme de toute apparence passionné par ce qu’il fait, nourrit un rêve : afficher une banderole à la place des Nations unies, en plein Ouagadougou, où le mot eau sera exposé dans toutes les langues du monde. Non loin du tableau, une gamme de pompes en provenance des quatre coins du Burkina, aux âges variés. "On a pu répertorier au Burkina, depuis les années de grande sécheresse (années 1970) jusqu’à nos jours, 47 types ou marques de pompes, soutient Alassane Samoura, dont des pompes artisanales (parmi lesquelles les premières pompes de Haute Volta). Ces dernières ont été fabriquées à partir du savoir-faire local des populations. Celles-ci n’avaient pas d’autre choix que de développer leur génie créateur". Il ajoute qu’il envisage de collecter tous les types de pompes des pays de la sous-région, à défaut, ceux du CILSS. "Certes, nous avons eu, souligne le directeur, l’accord du ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques, pour la collecte des pompes sur l’ensemble du territoire. Mais nous n’avons pas les moyens financiers pour aller les chercher".


Et nous voilà dans la salle de réserve


Notre visite guidée du musée nous conduit à présent à la salle de réserve exiguë où sont exposés pêle-mêle tous les objets et matériels traditionnels et modernes liés à la chaîne de transmission de l’eau selon ces étapes : la collecte, le transport, le stockage, le prélèvement et la consommation de l’eau. Mais avant toute chose, il faut bien savoir d’abord où détecter l’or bleue, et c’est là rôle du sourcier. Paul Kaboré, le conservateur du musée, brandit un bâton en forme de Y, qui aurait servi d’instrument au sourcier noir. Il brandit ensuite un pendule avec ces mots : "Les Blancs, eux, utilisaient, un pendule". Puisettes, calebasses, jarres, traditionnelles, etc., autant d’objets de collecte exposés dans la salle de réserve et dont les origines et les époques sont expliquées par le menu par le directeur du musée et son associé. "En ce qui concerne la collecte de l’eau au Burkina, on est passé des calebasses aux chambres à air puis aux matières de récupération telles certaines boîtes de conserve, sans oublier les bidons d’eau découpés et la bouteille d’eau minérale". Le directeur du musée tente, en fait, de démontrer que les méthodes de collecte et de transport de l’eau ont beaucoup évolué. Cordes, lianes, jarres, puisettes traditionnelles, hameçons, gourdes, etc., des objets en voie de disparition, dira Samoura, que le musée s’emploie à récupérer. Des puisettes traditionnelles, il dira qu’elles déterminaient le type de relations entre les familles. Idem pour le hameçon – qui servait à repêcher la puisette tombée au fond du puits- qu’on n’empruntait pas à n’importe qui.


Les bouteilles d’eau minérale vides de l’étranger, recherchées


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Autres objets entreposés dans la salle de réserve : un éventail de bouteilles d’eau minérale vides aux étiquettes variées témoignant de leurs provenances diverses : Côte d’Ivoire, France, Mali, Soudan, Japon, etc. "Notre objectif est de collecter toutes les bouteilles d’eau minérale du monde entier", soutient M. Samoura qui fait aussitôt remarquer que quel que soit le contenant, le contenu reste le même : l’eau, d’où son caractère "universel", conclut-il. Puis il lance cet avis : prière à tout voyageur qui ramènerait de l’étranger un bidon d’eau minérale, de penser au musée. En contrepartie du service rendu, son nom sera gravé sur la bouteille qui sera la propriété du musée. Autres objets : des outres (en peaux de chèvre ou de mouton) qui "pouvaient, selon le directeur, contenir 50 litres d’eau. L’eau pouvait rester fraîche pendant plusieurs jours".


Les symboles de l’eau


Pour le directeur, tous ces objets de collecte, de transport et de stockage de l’eau témoignent de la riche diversité culturelle du Burkina et des pays de la sous-région. "Ils montrent tout un savoir-faire des populations ; un savoir-faire qui tend à disparaître, et qu’il est important de conserver pour que les générations actuelles et futures puissent comprendre comment les populations ont souffert pour l’accès à l’eau".


L’eau nous parle


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Eau, symbole de vie ; de paix ; de fertilité ; de justice ; de réconciliation et de tolérance ; de pardon ; d’union ; de bénédiction, de pouvoir, mais aussi de destruction. Voilà le fruit d’un long travail de recherche dans la Bible notamment, où MM. Samoura et Kaboré ont compté le mot "eau" 300 fois. Et à propos "d’eau, symbole de destruction", ce dernier évoque le sinistre national du 1er septembre dernier. "Quand l’eau détruit, elle nous lance un message", dit-il. Qu’est-ce que les eaux ravageuses de ce jour ont voulu nous dire ? "L’eau nous parle, nous interpelle, nous enseigne tous les jours. Mais, on n’est pas suffisamment attentifs pour comprendre son langage". Le directeur relève par ailleurs que le musée envisage de collecter tous les sons liés à l’eau (pendant le bain, quand l’eau ruisselle, quand on fait pipi, etc.) pour en faire un auditorium. Lui et son associé ont plein d’objectifs à réaliser, comme donner plus de visibilité aux autres vitrines du musée (eau, hygiène et assainissement ; eau et religion ; eau et santé ; eau et littérature ; eau et grands courants de pensée contemporaine ; eau et animaux aquatiques, etc.). Hélas, plusieurs fois au cours de la visite, la même phrase est revenue : "nous manquons cruellement de moyens". Une salle de vente existe, qui permet au musée de vendre quelques objets d’art (poterie, tableaux, etc.) en rapport avec l’eau, réalisés par des artistes qui apportent de temps à autres, leur appui au centre. A l’image de Gemma Ylinga qui dit être tout de suite tombée sous le charme du musée, dès sa première visite. "Aussitôt après mon entrevue avec le directeur du musée, je suis allée prélever un échantillon des coupes que j’avais fabriquées et je suis venue les lui montrer. Il en était fort ravi." Mais, seule, la vente de ces petits objets d’art ne peut suffire à faire fonctionner le musée. D’où l’appel de Alassane Samoura et son associé aux bonnes volontés.


ALASSANE SAMOURA, DIRECTEUR DU MUSEE


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"Nous manquons cruellement de moyens"


"Le Pays" : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’atteinte de vos objectifs ?


Alassane Samoura : La principale difficulté est qu’on manque vraiment de ressources financières. On a lancé des appels un peu partout. Mais, jusque-là, on n’a pas eu de fonds pour la collecte des objets, pas de fonds pour fonctionner, pas de fonds pour confectionner des panneaux d’indication. Un de nos souhaits est de disposer de matériel et de logistique (mobiliers, ordinateurs, véhicules, etc). Ce qui s’avère, jusque-là, impossible. Réelles sont les difficultés financières pour véritablement démarrer. C’est-à-dire aller collecter les pompes un peu partout sur le territoire national et pourquoi pas dans d’autres pays, rendre le musée plus grand et ses vitrines plus visibles. En ce qui concerne par exemple la vitrine "eau et littérature", il y a des proverbes, fables et contes sur l’eau qui peuvent être exploitées sous forme de bandes dessinées ou de manuels scolaires. On a, pour cela, besoin que des ONG qui travaillent dans les domaines de l’enfance, de l’eau, des sociétés d’eau minérale, de forage, de fabrique de pompes, nous viennent en aide. Et que l’Etat, si possible, nous soutienne. Nous recevons en moyenne 5 a 6 visites par jour et un peu plus les week-ends. Les gens qui nous rendent visite nous félicitent pour ce que nous faisons. Mais combien sont-ils à débourser le moindre kopeck ! Si on leur réclame 100 F CFA pour l’entrée, beaucoup d’entre eux ne reviendront peut-être plus. Pourtant, il faut bien que nous vivions, même si passionnés de ce que nous faisons, l’objectif premier pour nous n’est pas de se faire de l’argent.


Quelles sont vos perspectives ?


En termes de perspectives, on veut s’installer sur un espace beaucoup plus grand. On a 5 ha à Saaba sur lesquels on voudrait construire les nouvelles infrastructures du musée, celles dans lesquelles nous sommes en ce moment ne répondant aux normes d’un musée. Peut-être, l’actuel site sur lequel nous sommes depuis bientôt un an, servira-t-il alors de bureaux administratifs du musée. Nous avons également un projet de forage que nous n’avons, jusque-là, jamais pu réaliser. En plus, le musée souhaite collecter plus de 15 000 objets d’ici les 5 prochaines années. Il compte également établir une cartographie de tous les points d’eau ayant une histoire, une légende, pour en faire des itinéraires touristiques. Nous ambitionnons par ailleurs de réaliser des expositions itinérantes en association avec des partenaires. Par exemple, le CILSS, les ministères peuvent nous faire appel à certaines occasions. Le 8-Mars, fête de la femme, on pourrait être par exemple invité à faire des expositions sur la thématique "eau et femme". Il y en a bien d’autres comme "eau et médiation des conflits". Si notre ambition est de réaliser des expositions itinérantes, nous restons confrontés au problème des moyens financiers sans lesquels nous serons incapables de transporter notre matériel. Mais on a espoir (ndlr : il tourne le regard vers son associé, lui demandant s’il partage son espoir. Vague et timide réaction de M. Kaboré, qui en dit long sur le sentiment qui l’anime.)


Source : ( LePays )Propos recueillis par Cheick Beldh’or SIGUE

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