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Le fléau silencieux

Publié le par nassaramoaga

Selon la Direction régionale de la santé, la malnutrition est un problème de santé publique, donc une préoccupation de premier ordre. La malnutrition, c’est cet état de déséquilibre causé entre les apports et les dépenses de l’organisme, soit du fait de carences, soit par l’effet d’excès. Etat des lieux au Burkina.

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Les malnutritions par carences sont les plus fréquentes dans les pays en développement comme le nôtre, et elles affectent surtout les enfants et les femmes. Selon les chiffres, la proportion des enfants de 0 à 5 ans présentant une malnutrition aiguë sévère parmi les enfants pesés du 1er semestre de l’année 2008 et à la même période de 2009 s’élevait respectivement à 1384 (0,49%) et 1410 (0,43%). La proportion régionale (région du Centre) en 2008 est estimée 2.78% et en 2009 à 3.10% à la même période.


Des statistiques jugées suffisamment alarmantes par les autorités sanitaires. Travaillant à vaincre ce fléau silencieux, la direction régionale a entamé la mise en œuvre d’une série d’actions stratégiques, en synergie avec l’ensemble de ses partenaires. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la journée d’information organisée, le lundi 18 janvier 2010 à la Direction régionale de la santé (Ouaga 2000), au profit d’hommes de médias, de chefs coutumiers et religieux, de tradipraticiens, histoire de partager avec eux les informations.


Pour toucher du doigt le phénomène et en prendre la mesure, nous avons effectué un tour au Centre de récupération nutritionnelle et d’éducation Morija/Schiphra de Tanghin. Des enfants amaigris au point de n’avoir plus que la peau sur les os, des nourrissons bouffis d’œdèmes, c’est le visage de la malnutrition que nous avons trouvé au CREN Morija/Schiphra ce mercredi 20 janvier.


On s’y croirait dans une pédiatrie. Quand ils parviennent au CREN, ils sont déjà promis à un séjour d’au moins deux semaines. Les nourrissons y arrivent, déplore-t-on, dans un état très dégradé par le marasme ou le kwashiorkor quand la carence est relative aux protéines, des pathologies qui nécessitent une prise en charge spécifique et étalée sur une longue période. « Nous recevons des enfants malnutris. Nous essayons de les soigner, de les accompagner jusqu’à récupération », explique Yvonne Zoétaba, l’infirmière, responsable médicale du CREN.


A partir de mesures anthropométriques, ils ont été jugés au cours d’une première consultation. C’est le protocole médical d’usage qui précède toute admission. Il permet de déterminer l’âge, la taille et le poids et le périmètre brachial de l’enfant pour les confronter aux normes standards. Selon le pronostic, la mère se voit proposer une prise en charge médico-nutritionnelle, nécessitant un internement de deux à quatre semaines (selon la situation de l’enfant).


  Les seules conditions à remplir : qu’elle participe à hauteur de 1000 francs CFA, somme qui couvre le séjour entier, les produits pharmaceutiques, l’alimentation, etc. « Elle doit amener les ustensiles nécessaires pour son séjour, elle doit prendre part aux travaux d’entretien des lieux, aux activités de sensibilisation et à la préparation des bouillies nutritives pour l’enfant. » Autre condition à remplir, c’est l’adhésion au règlement intérieur qui interdit péremptoirement aux internées de se disputer, selon Yvonne Zoétaba, parce qu’il peut être cause de renvoi, même si l’enfant n’est pas guéri.


En ce matin calme du mercredi 20 janvier 2010, nous avons trouvé Rosalie, Maham

adi, Maxime, Hassan… en plein repas. Une véritable corvée pour certains, soumis qu’ils étaient à ce qu’on est tenté d’appeler un « gavage ». Armées de seringues, les mères s’appliquaient à leur injecter la bouillie légère via une sonde naso-gastrique. On reconnaît à ces signes ceux qui viennent d’arriver.


« A l’entrée, nous plaçons une sonde naso-gastrique systématique », indique la responsable des lieux. Il y a également les patients qui n’ont pas encore atteint un état de récupération acceptable, c’est dire, qu’ils n’ont pas gagné au moins un kg sur leur poids à l’entrée. Pour d’autres, la séance se passe presque sans encombre, la cuillère remplace la seringue. « Si l’enfant prend la bouillie par la bouche, la mère lui donne avec la cuillère », renseigne Yvonne.


 La séance-repas se déroule sous le hangar réservé aussi à l’activité d’éducation. Elle a quotidiennement lieu autour de 11 heures. « Pendant le séjour, nous avons une séance d’éducation au cours de laquelle nous apprenons aux mamans comment faire pour ne plus avoir un enfant malnutri. » Ces séances offrent également l’occasion pour inculquer aux mamans des notions d’hygiène, leur donner des enseignements sur l’alimentation, pour les sensibiliser sur le VIH/SIDA et les IST, certaines maladies comme la diarrhée.


Selon la direction régionale de la santé, l’enquête sur la situation nutritionnelle 2009 au Burkina Faso donne les résultats suivants : 28,6 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de retard de croissance, 10,7 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aigue, 31,4 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’insuffisance pondérale, 21% des femmes en âge de procréer sont affectées par le déficit énergétique chronique, 34 % des enfants de 1 à 3 ans présentent une carence en vitamine A, 92% des enfants de 6 à 59 mois présentent une anémie nutritionnelle dont 13% de forme sévère, 68,3% des femmes enceintes présentent une anémie avec 2,3 % de forme grave, 7% des femmes enceintes souffrent de cécité crépusculaire.


Consciente du rôle que doivent jouer tous les acteurs dans la lutte contre la malnutrition, la Direction régionale de la santé du Centre a organisé cette journée d’information afin de mobiliser le plus grand nombre de sensibilités sur la question.


Source : Sidwaya ( Hortense ZIDA )

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