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Le cri du cœur des organisations de la société civile burkinabè

Publié le par nassaramoaga


La 15e conférence des parties sur les changements climatiques (COP 15) se tiendra du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, au Danemark. En prélude à cette rencontre d’importance, les organisations de la société civile burkinabè tirent la sonnette d’alarme sur les conséquences des émissions de gaz à effet de serre et la nécessité pour les pays industrialisés et toute la communauté internationale de se pencher sérieusement sur cette menace planétaire.

Longtemps attendue, la 15e Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP 15) se tiendra, comme annoncé, à Copenhague (Danemark) du 7 au 18 décembre 2009. A l’approche d’un évènement qui suscite des espoirs à travers le monde, la société civile burkinabè fonde l’espoir de voir la rencontre aboutir à des résultats porteurs d’espérance pour les générations actuelles et futures.

Ce rendez-vous de Copenhague intervient à une période où bien des recommandations et des résolutions, issues d’instruments et de déclarations divers au plan international, peinent à trouver application. Il s’agit principalement du Protocole de Kyoto (en vigueur depuis le 16 février 2005) et de la feuille de route de Bali.


Pour l’atténuation des changements climatiques et pour une adaptation de l’humanité entière au phénomène, ces instruments ont proposé, entre autres, « l’efficacité énergétique, la protection des puits des réserves de gaz à effet de serre, la promotion de formes d’agriculture durable, l’usage des énergies renouvelables, le recours aux technologies écologiquement rentables »1.


Mais que d’atermoiements, plusieurs années après la signature de ces accords ! En persistant dans leur industrialisation non maîtrisée, les pays développés et émergents ont accru « entre 2000 et 2006 leur émission de gaz à effet de serre de 2,3% »2. Au vu de leurs prévisions énergétivores de développement, la situation pourrait s’exacerber et mettre le monde à l’épreuve des manifestations des changements climatiques.


Dans le monde, ces manifestations constatées sont principalement l’augmentation du niveau de la mer « qui croît en moyenne de 3,1 mm par année depuis 1993 »3. Quant aux températures, selon le Groupe d’Expert Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), « la température moyenne mondiale va croître de 0,2° Celcius tous les dix ans, à compter de 2007 ».4

 


Les populations sont vulnérables


Des études tant scientifiques qu’institutionnelles font suffisamment mention des effets négatifs et visibles des changements climatiques au plan hydrologique, environnemental, agricole et même socioéconomique. Le débit des rivières et la disponibilité en eau ont diminué dans les zones tropicales sèches. Les zones de sécheresse se sont étendues.


L’augmentation de la fréquence et l’intensité des précipitations ont accru les risques d’inondation. La capacité naturelle d’adaptation des écosystèmes a visiblement été dépassée du fait des pollutions par les gaz à effet de serre. Des espèces animales et végétales sont déjà en voie de disparition. Le potentiel de rendement agricole a diminué considérablement dans les pays tropicaux. Les populations tirant leurs revenus des ressources naturelles sont devenues davantage vulnérables. L’incidence de la malnutrition s’est élevée. Du fait des intempéries, les taux de mortalité et de morbidité ont connu une hausse relative. Les vecteurs de maladies infectieuses ont connu une redistribution au plan spatial.


A l’horizon 2025, le Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques (PANA) prévoit une augmentation des températures de 0,8° Celsius et une diminution des pluies de 3,4 mm. Le Burkina n’a pas été à l’abri de ces manifestations et de ses effets (en témoignent les inondations du 1er- Septembre dans le centre de notre pays). Selon le Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques (PANA), de nombreuses conséquences ont résulté des changements climatiques.


Au plan agricole, on observe un ensablement ou un envasement des lacs et plans d’eaux, une réduction des rendements agricoles, un appauvrissement des sols et des inondations qui ont sinsitré en septembre 2009 plus de 150 000 personnes. Au niveau de l’élevage, le pays assiste déjà à la baisse du disponible fourrager, à la propagation des maladies animales, voire la perte du cheptel, à la pratique à outrance de la transhumance et, subséquemment, à des conflits entre agriculteurs et éleveurs.


Dans le secteur de la foresterie, les conséquences enregistrées sont la disparition d’espèces animales, végétales et halieutiques, les feux de brousse, la migration de la faune et la baisse considérable du potentiel de biomasse. Beaucoup d’autres conséquences s’enregistrent en matière de santé des populations.


Au vu de cette situation préoccupante pour l’humanité tout entière, nous, organisations de la société civile burkinabè et signataires de la présente déclaration :


• Attendons de la COP 15 de Copenhague, des mesures sans faille pour lutter vigoureusement contre les changements climatiques et leurs conséquences enregistrées au plan social, économique et culturel ;


• réitérons notre attachement aux principes énoncés par le Protocole de Kyoto et la feuille de route de Bali. Nous soutenons aussi vivement le processus africain de lutte contre les changements climatiques et le Nouveau Pacte Vert pour l’Afrique ;


• prenons acte de la désignation du Président du Faso Blaise Compaoré, par ses homologues présents au Forum mondial du développement durable de Ouagadougou, pour prendre des dispositions en vue de partager les conclusions dudit forum avec les participants à la COP 15. Nous invitons le Président du Faso à saisir cette haute tribune pour signifier que le Burkina Faso et ses habitants vivent rudement les effets des changements climatiques dans la sous-région ;


• appelons les pouvoirs publics à prendre systématiquement en compte les changements climatiques et leurs effets dans l’élaboration des politiques et stratégies tant globales que sectorielles de développement ;


• recommandons aux Etats, groupes d’Etats et Institutions Internationales d’impliquer activement les organisations paysannes, la société civile, les femmes et les jeunes dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et stratégies d’adaptation aux plans local, nationale, sous-régional, continental et international ;


• sollicitons des décideurs dans les Etats à économie agricole comme le Burkina, de mettre un accent particulier sur les secteurs les plus touchés par les changements climatiques. Ces secteurs sont : l’agriculture, l’élevage, l’hydraulique, l’environnement et la biodiversité ;


• attirons l’attention des institutions financières (Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque ouest-africaine de développement) et celles du système des Nations unies (PNUD et PNUE) à mobiliser et à décaisser efficacement plus de fonds dans le sens d’accompagner les actions d’adaptation et d’atténuation du phénomène ;


• plaidons pour que les conditionnalités d’accès au fonds du Mécanisme pour un développement propre (MDP) soient allégées afin de permettre aux pays africains en général et Burkina Faso en particulier de disposer de projets pertinents d’adaptation aux changements climatiques ;


• demandons aux Etats, aux grandes entreprises pollueuses et consommatrices d’énergies et aux populations mondiales, de substituer progressivement l’énergie fossile par celles renouvelables dont ils devraient ensemble contribuer à développer le potentiel ;


• appelons de vive voix, les Etats, les organisations sous- régionales et régionales, les organisations internationales, à soutenir les organisations paysannes, la société civile et les communautés à développer systématiquement des chaînes de solidarité en faveur des personnes victimes actuelles et éventuelles de catastrophes liées aux changements climatiques.

 

Notes : 


1 - Cf. Article 2 du Protocole de Kyoto.
2 - Communiqué CONUCC du 17 novembre 2008.
3 - Communication de Salifou Sawadogo, ministre burkinabè de l’Environnement et du Cadre de vie, à la réunion régionale de l’Assemblée paritaire ACP-CE, tenue du 28 au 30 octobre 2009 à Ouagadougou.
4 - Voire 4e rapport 2007 du GIEC.


 

Source : L'Observateur Paalga

 

 

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