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La parenté à plaisanterie

Publié le par nassaramoaga

La parenté à plaisanterie remonterait à la fondation de l’Empire du Mali par Soundiata Keïta. Certains historiens affirment y trouver des traces bien plus tôt, dans l’antiquité, dans la vallée du Nil.


« N’oublie pas que tu es mon esclave ! », lâche une salariée ouagalais de la CNSS (Caisse nationale de la sécurité sociale) en refermant la porte d’un bureau voisin. L’invective pourrait surprendre si on ne savait pas que derrière la porte se trouve un homme hilare et que ladite femme glousse en repartant. Alors qu’on croyait assister à une violente altercation on se retrouve en fait spectateur du jeu le plus couramment pratiqué au Burkina Faso : la parenté à plaisanterie. Le but de cette joute verbale consiste à faire semblant de créer un conflit avec le représentant d’une ethnie alliée. Chacune des soixante-deux ethnies du Faso se trouve liée à une ou plusieurs ethnies. Ce pacte permet aux protagonistes de s’insulter, de se railler et de se bousculer à l’envie, sans risque de dérapage. Ainsi, les deux collègues et amis de la CNSS, respectivement Samo et Mossi, s’entendent. A l’instar des Bissa et des Gourounsi, des Bwaba et des Peuls, des Dagara et des Siamu, des Samba et des Lobi, etc.Il s'agit d'un mode de comportement spécifique aux relations entre certains groupes. Il se traduit dans l'échange verbal, par un ton, des paroles, des attitudes, parfois une agressivité que les protagonistes ne pourraient se permettre envers d'autres personnes ne partageant pas ce lien particulier qu'est la «parenté à plaisanterie » (rakiré en mooré).

Source : www.afrik.com



Les origines de la parenté à plaisanterie sont souvent liées à des événements historiques communs, mais parfois aussi à des faits divers anecdotiques, souvent rocambolesques dans la mémoire collective, mais la plupart du temps oubliées.


Tout l'intérêt de cette relation réside dans l'interaction des deux personnes ou groupes concernés. Une des fonctions de ce jeu relationnel est d'affirmer, pour chacun, son identité et son appartenance à un groupe, tout en dénigrant l'autre.


Pour un non-initié, assister à une telle scène peut s'avérer inquiétant : les deux parties s'invectivent parfois avec violence, laissant croire que l'altercation va dégénérer en bagarre. En fait, c'est tout le contraire qui se produit : grâce à ce jeu de rôle, chacun évacue son agressivité, tout en amusant un public qui sait à quoi s'en tenir.
Il existe plusieurs types/duo de partenaires ayant entre eux un lien de parenté à plaisanterie : Samo/Mossé, Gourounsi/Bissa, Samo/Bissa, Peul/Bobo, Lobi/Siamou, etc.

Les peul représentent le groupe le plus sujet à plaisanterie, il est le "souffre-douleur" de presque toutes les autres ethnies. Pour tous, il est le voleur de bétail, il est même parfois nié en tant qu'humain et dans le cadre de la parentée à plaisanterie, l'on peut entendre des descriptions de ce type: « il y avait six personnes et deux Peul ... ».
...Les Bissa sont considérés par leurs parents à plaisanterie comme des mangeurs d'arachides ; les Gourounsi, des voleurs ; les Samo, des mangeurs de chien, etc....

La parenté à plaisanterie joue un rôle fondamental dans la société burkinabè. Elle est source de distraction et d'amusement, mais elle est aussi et avant tout un régulateur social, un exutoire pour dédramatiser une situation tendue ou conflictuelle.


Les fonctions sociales remplies par la parenté à plaisanterie, étudiées et mises en valeurs ces dernières années par les sociologues (cf : Les grandes conférences du ministère) ont amené les autorités à promouvoir cette pratique qui contribue à la stabilité et à la paix de ce pays pluri-ethnique.

Source : www.culture.gov.bf



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