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La communauté internationale aboie : Les dictateurs passent

Publié le par nassaramoaga

Pour obliger le boucher de Conakry à plier l’échine, la CEDEAO a décrété un embargo sur les armes à l’encontre de la Guinée aux lendemains des tueries du 28 septembre 2009. C’est manifestement une attitude de pompier. Naturellement, ces traditionnelles sanctions n’ont pas produit d’effet sur Moussa Dadis Camara et ses camarades membres de la junte. Pouvait-il en être autrement ? Absolument pas ! Puisque des armes de toutes sortes et de toutes origines circulent déjà en quantités innombrables et se trouvent dans les mains du chef de la junte et de sa bande.


Au Niger, depuis que le Président Mamadou Tandja a décidé contre vents et marées de s’éterniser au pouvoir en se scotchant à son fauteuil, les condamnations et autres menaces de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’y ont rien changé. A l’injonction de la CEDEAO de reporter les élections législatives du 20 octobre 2009 dernier, il a fait la sourde oreille, prétextant que cette injonction était arrivée « tardivement » (l’avant-veille des élections). Même si la délégation de la CEDEAO était venue plus tôt, il est certain que Tandja n’allait pas s’y soumettre, car la CEDEAO n’inspire aucune crainte. Que peut-elle faire d’ailleurs devant le refus de Tandja ? Rien d’autre que de prononcer la suspension de ce pays comme, elle l’a déjà fait du reste. Mais que vaut l’exclusion d’un pays, d’un organisme qui, après 34 ans d’existence a toujours du mal à se faire respecter dans la mesure où elle est loin d’atteindre ses objectifs ?


Cela n’empêchera pas Tandja et ses partisans de boire leur petit lait et de dormir tranquilles. Il en est malheureusement de même des réactions de l’Union Africaine chaque fois qu’un pouvoir démocratiquement élu est remis en cause à coups de mitrailleuses. Lorsque le général Mohamed Ould Abdel Aziz a perpétré son coup de force en Mauritanie en août 2008, les paroles en l’air des chefs d’Etat ne le firent pas bouger de sa position d’un iota. La vérité c’est que ni l’UA, encore moins la CEDEAO ne font peur à aucun pays. Pire, aucun pays de la sous-région n’est assez puissant pour susciter la crainte et le respect des autres pays. Le Nigeria qui pouvait le faire reste un géant aux pieds d’argile en proie à une instabilité interne chronique et des rébellions multiples. Les dictateurs savent bien donc que les entités continentales n’ont aucun moyen pour les contraindre au changement. Les paroles prononcées en l’air ne servent qu’à donner bonne conscience aux dirigeants et à ceux-ci de se mettre en conformité avec les règles et principes de l’organisation et de leurs opinions publiques.

Les sanctions que la CEDEAO brandit ne modifient en rien le cours de la vie et le monde de gestion de ces dictateurs. Isolement, interdiction de voyager, embargo sur les armes, rien pratiquement ne peut les empêcher de se la couler douce, de continuer à brimer leurs populations et à les voler. Que les sanctions aient des impacts sur les économies de leur pays et amplifient la misère sociale ne les effraient outre mesure. Ils sont au pouvoir. Ils y restent et c’est tout ! La misère et les souffrances de toutes sortes que les embargos onusiens ont entraînées en Irak n’ont pas réussi à convaincre l’ex-dictateur Saddam Hussein d’abandonner les rênes du pouvoir jusqu’à l’invasion américaine en mars 2003. Il est permis de douter de la volonté réelle des chefs d’Etats d’en finir avec toutes les pratiques antipopulaires et antidémocratiques qui ramènent le continent noir en arrière, économiquement surtout. Comment comprendre leur réaction tardive chaque fois que le mal est fait ? Où, se trouvaient-ils quand Moussa Dadis Camara affichait ses ambitions de briguer la magistrature suprême ?


Pourquoi ont-ils attendu l’avant-veille pour sommer Mamadou Tandja de reporter ses élections ? Pourquoi la CEDEAO ne met-elle pas l’accent sur la prévention au lieu de vouloir toujours jouer au pompier ? La réalité, c’est que ces chefs d’Etats qui, au détour d’un sommet, se comportent en champions de la démocratie ne sont pas mieux et ne font pas mieux que ceux qu’ils pourfendent. Que celui qui n’a jamais opprimé ni tué personne jette la première pierre à Moussa Dadis Camara et à Mamadou Tandja ! Presque tous traînent derrière eux de très vilaines et sales casseroles, faites d’assassinats macabres, de hold-up électoraux, de tricheries pendant les élections, etc. Tous ont les mains tachées du sang de leurs concitoyens, de leurs opposants. Les plus acceptables d’entre eux étant ceux qui ne sont comptables que des falsifications des résultats électoraux, de tripatouillages des constitutions et de violations de la liberté de la presse. Les donneurs de leçons semblent donc, à quelques exceptions près disqualifiés pour le faire, pour parler de bonne gouvernance et de démocratie. Quoi de plus normal alors que les sanctions qu’ils prononcent ne soient pas prises en considération par ceux qu’ils sanctionnent. Et ce sera toujours ainsi en Afrique tant qu’elle n’aura que des dirigeants qui se préoccupent d’abord de leur sort avant celui du continent. C’est dommage, il faut le dire.


Source : Yves Traoré ( L’Indépendant )

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