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Comment un gouvernement peut-il devenir subitement visionnaire

Publié le par nassaramoaga

 

Le gouvernement tient à faire avaler sa pilule amère par rapport à la réinstallation des sinistrés du 1er septembre 2009 sur les sites de Bassinko et de Yagma. Par ces temps qui courent, avoir une parcelle même à 15 km de Ouagadougou est une aubaine. Cependant, les conditions dans lesquelles le gouvernement veut réinstaller les sinistrés ne sont pas des plus humaines. 200 mètres carrés, plus un paquet de 280 000 FCFA et tous les compliments de Vincent Dabilgou. En voilà qui peut soulager quelqu’un qui a tout perdu, selon les autorités qui ne cessent de jouer à la surenchère. Le mardi dernier, les DJ de service étaient encore au crachoir pour égrener les nouvelles vertus de la trame d’accueil, version Yagma et Bassinko.


Le gouvernement a donc tout prévu pour le séjour des débarqués. « Nous avons une urbanisation extensive qui avale beaucoup d’espaces. Le gouvernement a décidé d’en faire une zone d’habitation par excellence. Au-delà de l’habitat, il est prévu dans le cadre du schéma d’aménagement du grand Ouaga, que les sites de Yagma et de Bassinko deviennent des zones dédiées au développement du secteur tertiaire. Vous savez que le Burkina se veut un pays de services. Alors, l’ensemble des industries du secteur tertiaire sont prévues pour être implantées sur ces deux sites qui sont donc des zones d’avenir ». Voilà qui est bien dit. Et c’est le Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme qui le dit. On peut donc se permettre une comparaison par le haut. Si comme le dit le Ministre Dabilgou, les infrastructures qui seront réalisées sur les trames d’accueil ne se trouvent dans un aucun lotissement, cela ne peut être que de par leur médiocrité. La règle d’or, c’est la proximité et la promiscuité. Le tout selon un plan de type Ouaga 2000. Nous espérons que le ministre et ses techniciens le disent en pensant au figuré. Il faut encore qu’ils nous l’expliquent clairement. Ce qui saute à l’œil, c’est que si l’on peut parler d’un quartier unique à Ouagadougou, c’est bien Ouaga 2000. C’est le seul quartier à n’être pas ouvert aux pauvres. Là-bas, les maisons sont uniques. Et puis là bas, les matériaux sont loin d’être locaux. Rappelez vous que le ministre Dabilgou promettait aux sinistrés qui vont rejoindre les trames d’accueil, des chargements de terre et la bouse de vache. Il vantait par la même occasion, les mérites des matériaux locaux. Elles ne se trouvent nulle part dans ce pays. L’on ne peut guère mieux friser le ridicule. Comment une trame d’accueil peut même dans son plan ressembler à un tel quartier ? Ici, les techniciens ont travaillé dans l’urgence. L’urgence, c’est la porte ouverte aux travaux bâclés. Et même Simon Compaoré, l’homme qui distribue les terrains à Ouagadougou depuis bientôt une vingtaine d’années s’est dit « surpris de la rapidité avec laquelle le gouvernement est parvenu à réaliser ces trames d’accueil ». Il faut donc s’attendre à un travail de rapiéçage par la suite. Dans cette histoire, le gouvernement, se cramponne aux 8 milliards que vont coûter l’opération. Les conditions dans lesquelles vont vivre les populations là-bas ne le regardent pas. La déception sera à la hauteur des promesses, dont le ministre Dabilgou est devenu le champion. Comment un gouvernement peut-il devenir subitement visionnaire, au point de réaliser des trames d’accueil avec toutes les commodités et à une telle vitesse ? Nous sommes bien en face d’un gouvernement qui a construit des routes sans caniveaux. Pire, il a fait construire des goudrons qui ne servent que pour un seul passage. Parlons de goudrons jetables. Si un tel gouvernement venait à se révéler subitement visionnaire, cela ne peut qu’être salutaire. Mais, l’on est loin de là. Il ne sait que jeter la poudre aux yeux des citoyens et cela depuis des années. Beaucoup de villages ont vu les caterpillars embarqués dans l’optique d’y construire des barrages, mais il n’y en a jamais eu. Là, nous faisons allusion à la période du remuant ministre d’Etat Salif Diallo. Pour revenir aux trames d’accueil, le gouvernement a joué le jeu de la communication jusqu’au bout. Le ministre Dabilgou avait également dans ses bagages, les premiers responsables de l’eau et de l’électricité. Mais Dieu seul sait quel cynisme se cache derrière toute cette propagande. Et les sinistrés devront se montrer exigeants, car c’est maintenant ou jamais. Parce que dès qu’ils seront là-bas et que la réalité s’étalera au grand jour, ils n’auront plus accès aux membres de ce gouvernement, ni même aux maires. La presse relayera leur calvaire sans doute, mais seulement à la limite de ses moyens.


Source : L'indépendant

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