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Atelier sur la santé maternelle et néonatale à Tenkodogo

Publié le par nassaramoaga


Le district sanitaire de Tenkodogo, en partenariat avec l’Organisation non gouvernementale (ONG) "Enfants du monde"/Suisse, a organisé, les 30 novembre et 1er décembre 2009, un atelier sur la santé maternelle et néonatale dans la région. Il s’est agi, pendant 48 heures, d’examiner les résultats des différents fora communautaires, tenus quelques semaines plus tôt, et de dégager un consensus sur les actions à entreprendre pour juguler les difficultés identifiés. Une sorte de check-up en vue d’une thérapie appropriée.


 

On ne pouvait pas trouver endroit plus symbolique que la maison de la Femme de Tenkodogo où diagnostiquer l’état de la santé maternelle et néonatale dans le district sanitaire. C’est donc là que les différentes parties prenantes au projet se sont réunies, les 30 novembre et 1er décembre, pour présenter le programme "collaborer avec les Individus, les Familles et les Communautés - IFC".


Prônée par le département "pour une grossesse à moindre risque" de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’approche IFC part du postulat que tous les protagonistes ont des ressources dont la mise en commun participe à l’atteinte de l’objectif visé.


Or au Burkina Faso, notent les organisateurs de la rencontre, les nombreux programmes élaborés dans le domaine concerné ont surtout mis l’accent sur le renforcement des services de santé, en ne donnant qu’une importance marginale au rôle des individus, des familles et des communautés.


Ainsi, pour Sankara Tougma Téné, coordonnateur régional pour le Sahel de l’ONG Suisse Enfants du monde (EdM), "beaucoup de choses ont été faites jusque-là, mais les indicateurs ne s’améliorent pas de façon substantielle. Et les études ont révélé que c’est le volet communautaire qui fait défaut ; d’où faut-il impliquer les premiers bénéficiaires pour obtenir des résultats optimum".


Question indicateurs en effet, la mortalité maternelle reste élevée, avec un taux de 1000 décès de mères pour 100 000 naissances vivantes en 2000 ; quant à la mortalité infantile, elle était en 2004 de l’ordre de 97 pour 1000 naissances vivantes ; des chiffres locaux avancés par le médecin-chef du district sanitaire de Tenkodogo, Soulama Massa Diami, il ressort que le taux de mortalité maternelle tourne autour de 45 ‰ (pour une moyenne nationale de 60 - 64 ‰).


Le taux d’accouchements assistés est, lui, de 63% alors que l’idéal serait que toutes les femmes accouchent dans des formations sanitaires. C’est dire combien les différents maillons de la chaîne, qui sont interdépendants, fondent beaucoup d’espoir sur les échanges de lundi et de mardi derniers ; une radioscopie dont le terrain a en fait été déblayé, sous l’égide d’EdM, par une série de cinq fora, qui ont regroupé les femmes en âge de procréer, leurs époux, leurs conseillères, les leaders communautaires, les prestataires de service, pour diagnostiquer ensemble les maux et prescrire, en connaissance de cause, la médication idoine. Ils ont eu lieu du 3 au 14 novembre 2009, chacun réunissant, pendant deux jours, une trentaine de participant(e), soit au total quelque cent cinquante hommes et femmes.




Mal accueillies et (mal) traitées


Résultat de ce diagnostic communautaire participatif (DCP), un outil qui aide, dit-on, à engager un processus d’autonomisation des groupes cibles, les populations ont recensé, comme problèmes essentiels, celui de l’accès lié au transport, à l’état des routes, aux moyens financiers, toutes choses qui limitent ou bloquent la fréquentation des services de santé. De plus, elles se plaignent de la qualité du service parce qu’elles y sont mal accueillies, (mal) traitées, et elles ne sont pas satisfaites des soins reçus, etc.


Après ce brainstorming, il s’agissait d’en faire une synthèse pour en discuter avec le niveau institutionnel. C’est ce à quoi s’est attelé le séminaire, au cours duquel ont été passés en revue les problèmes prioritaires, les opportunités et les actions répertoriées pour voir celles qui sont réalistes et réalisables, où trouver le nerf de la guerre et qui seront les acteurs de la mise en œuvre.


D’ores et déjà, les communautés, par la voix de leur représentante, Elise Séguéda née Ouédraogo, ont accueilli la démarche avec enthousiasme et se sont engagées à jouer pleinement leur partition pour que l’expérience du Centre-Est, qui est la première zone de capitalisation de l’approche dans notre pays, en attendant le Centre-Nord et les Cascades, soit concluante.



Ousséni Ilboudo


 

 

Le diagnostic de trois parties prenantes



Trois des principaux protagonistes nous donnent ici les tenants et les aboutissants de l’approche IFC (Individus, Familles, Communautés) et disent ce qu’ils en attendent pour améliorer la santé de la mère et du nouveau-né.

Sankara Tougma Téné (coordonnateur régional pour le Sahel de l’ONG "Enfants du Monde/Suisse").


"C’est celui qui dort dans la maison qui sait par où elle suinte"

Le présent atelier fait suite à une série de fora avec les femmes en âge de procréer, leurs époux, leurs conseillères, les leaders communautaires, les prestataires de services, au cours desquels nous avons, ensemble, examiner les problèmes et les besoins liés à la santé de la mère et du nouveau-né aussi bien dans les foyers, au sein des communautés que dans les services de santé. Après cela, il s’agissait d’en faire une synthèse et de débattre avec le niveau institutionnel (autorités politico-administratives, coutumières, religieuses, partenaires techniques et financiers, ONG intervenant dans le domaine de la santé...) sur les problèmes répertoriés, les solutions préconisées et de voir quelles sont celles qui sont faisables, où on peut trouver les ressources et qui en seront les acteurs de la mise en œuvre.


Quel est l’intérêt d’associer les communautés alors que leurs problèmes sont déjà censés être connus ?


• Je crois que la question ne se pose plus. Beaucoup d’actions ont été entreprises dans le domaine, mais les indicateurs ne s’améliorent pas de façon substantielle, en tout cas pour ce qui est de la santé maternelle et néonatale. Et les études ont montré que c’est le volet communautaire qui fait défaut. D’où faut-il impliquer les premiers bénéficiaires, car un adage bien connu chez nous le dit, "c’est celui qui dort dans la maison qui sait par où elle suinte".


L’approche est-elle vraiment nouvelle ?


• Oui, elle a été développée depuis 2003 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notamment son département maternité à moindre risque, et c’est la première fois que cette approche est introduite au Burkina, et même dans un pays francophone. Le Centre-Est est la première région de capitalisation, en 2010 nous irons au Centre-Nord et en 2011 dans les Cascades. Cela dit, il y aura des actions d’envergure nationale pour mieux faire connaître l’approche.


Après l’analyse des données, quels sont les besoins et difficultés recensés ?


• Le premier problème essentiel, c’est l’accès lié au transport, aux routes, aux moyens financiers. Le deuxième, c’est la qualité des services. Les communautés ont dit qu’elles sont souvent mal accueillies, mal traitées, qu’elles ne sont pas satisfaites des soins reçus, et c’est tout cela qui limite ou bloque leur fréquentation des services de santé.


Et qu’attendez-vous concrètement de ces communautés, que peuvent-elles faire pour améliorer la santé de la mère et du nouveau-né ?


• C’est précisément l’objet de la rencontre. Mais il y a aussi les niveaux étatique et institutionnel, et ce sont les actions conjuguées de toutes ces structures qui vont nous permettre d’atteindre nos objectifs... C’est un projet qui doit être mis en œuvre dans un cadre partenarial, et même si une seule des entités avait les moyens de le faire seul, ce ne serait pas conseillé parce qu’il faut travailler en synergie.





Par comparaison, voici le taux de mortalité infantile en France



"Les indicateurs ne sont pas bons"


Soulama Massa Diami (médecin-chef du district sanitaire de Tenkodogo)


Les indicateurs de la santé maternelle et néonatale dans le district sanitaire de Tenkodogo sont à l’image de ceux du pays : les services ne sont pas fréquentés, les indicateurs ne sont pas bons. A titre d’exemple, le taux de mortalité maternelle tourne autour de 45% dans le district contre 60-64% pour la moyenne nationale. Quant aux taux d’accouchements assistés, ils sont de 63% dans le district alors que nous aurions voulu que toutes les femmes donnent la vie dans les formations sanitaires. Le suivi de la croissance de l’enfant, qui va lui permettre de connaître un développement harmonieux, pose aussi problème.


Comment accueillez-vous donc l’approche IFC, qu’on vous propose ?


• Pour nous, elle est la bienvenue. Car il était temps de revoir nos stratégies pour repartir sur de bonnes bases. Au lieu que les experts seuls viennent faire le diagnostic, si la communauté elle-même est impliquée dans l’identification de ses besoins prioritaires, il va de soi que les remèdes qui seront proposés seront les meilleurs.



 

"Nous avons pris des engagements"


Mme Segda née Ouédraogo Elise (représentante des communautés)


Lors des différentes rencontres, nous avons pris des engagements de sensibiliser toute la population afin de minimiser, par exemple, les décès des mères et des nouveau-nés.


Vous ne craignez pas de croiser des maris rebelles sur votre chemin ?


• Comme il y a toujours des hommes parmi nous, nous allons gérer ça ensemble pour que chacun joue pleinement sa partition et encourager les hommes à accompagner les femmes, car, après tout, la santé maternelle et néo-natale est aussi leur affaire.


Dans quelle mesure pouvez-vous aider à la résolution des difficultés financières, qui sont l’un des problèmes essentiels posés par les communautés ?


• Là aussi, nous avons pris des engagements pour qu’au niveau de chaque organisation, dans les secteurs, dans les villages, les gens contribuent à aider les femmes en difficulté à faire face à leurs besoins de santé. Tout le monde doit mettre la main à la poche, et l’une de nos propositions, c’est la mise en place de mutuelles dans les villages. Maintenant, il faut voir la faisabilité d’une telle opération.

 


Source : Propos recueillis par O.I. ( L'Observateur Paalga )

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WAHA International 07/01/2011 12:30


Chaque année 340.000 femmes meurent dans le monde pendant la grossesse et l'accouchement.

Venez découvrir comment l'ONG WAHA International présente le sujet de la santé maternelle dans sa vidéo : http://www.waha-international.org/?videos=JQ7XlEZ2rQs

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