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Odile Sankara, dans Médée.

Publié le par nassaramoaga

À l’affiche d’une version africaine de Médée jusqu’au 13 décembre, Odile Sankara revient sur sa passion pour les textes classiques et son engagement auprès des femmes burkinabè.


Pas toujours facile d’être la sœur cadette du « Père de la révolution burkinabè ». Mais Odile Sankara assume. « Le nom qu’on porte, on ne le mérite pas. C’est un héritage. » Un héritage qu’il faut préserver, précise-t-elle. Si elle a choisi le théâtre et non la politique, Odile n’en est pas moins passionnée que son grand frère, Thomas, ne l’était.

Jusqu’au 13 décembre, elle est à l’affiche d’une version africaine de Médée, qu’elle interprète au théâtre des Amandiers à Nanterre (région parisienne). La tragédie d’Euripide est transposée dans un camp de réfugiés. Le roi Créon (interprété par le Burkinabè Moussa Sanou) a revêtu un costume-cravate et se fait dictateur des temps modernes. Les psaumes, poèmes du chœur, ont été traduits en bambara. « Aujourd’hui, affirme l’actrice burkinabè, l’Afrique est le seul endroit où la tragédie peut encore s’exprimer. Et le théâtre, le seul lieu où la parole vraie peut être entendue. Médée a un rapport très libéré au pouvoir. Elle n’a pas peur de parler, même si ses paroles ont des conséquences irrémédiables. Avec Antigone, c’est l’un des plus grands personnages féminins du théâtre. Sa façon d’aimer et de haïr, de se venger et de rester droite, est pure. Quand Médée défend l’honneur de sa famille, elle le fait en tant que femme. » Et Odile Sankara (45 ans) l’interprète avec élégance, tour à tour impérieuse et vulnérable.


« Liaisons dangereuses »


Formée au sein de l’école de l’Union des ensembles dramatiques de Ouagadougou (Unedo) après des études de littérature, Odile Sankara rejoint la compagnie Feeren d’Amadou Bourou en 1990. À cette époque, les troupes de quartier qui utilisent le théâtre à des fins politiques ou pédagogiques (sida, paludisme, etc.) sont majoritaires. « Ces troupes, constituées pour la plupart d’étudiants ou de fonctionnaires, appréhendaient le théâtre de manière dilettante. C’était davantage un passe-temps. Et les acteurs ne cherchaient pas à en faire leur métier. Amadou Bourou, lui, nous faisait répéter tous les jours à temps plein. On travaillait de manière très professionnelle. » Entre Shakespeare, Sophocle et Pasolini, Les Fables de la Fontaine et les contes du terroir, Odile Sankara accorde une grande importance au théâtre classique. « Ces textes ont une exigence dans l’écriture, donc dans la parole, la diction et la manière de communiquer un sens à travers la forme. »


En 2002, elle s’installe à Belfort (est de la France) où le théâtre du Granit lui propose une résidence d’artiste. Depuis, elle parcourt le monde : Paris, Madrid, Sarajevo. En 2010, elle présentera Médée à Bogota, New York et Lisbonne. Pour autant, pas question d’oublier le Burkina. En février dernier, le public ouagalais a pu la voir dans Quartett, une reprise des Liaisons dangereuses mise en scène par l’Ivoirien Fargass Assandé. « Toute occasion de retravailler sur le continent est très importante pour moi, avoue-t-elle. Je ne veux pas me produire uniquement en Europe. J’ai besoin de me ressourcer et de me nourrir de mon terroir, de ma culture. Au Burkina, le paysage culturel est dynamique. C’est une chance, un atout pour l’avenir du pays. »


« Le théâtre, ajoute-t-elle, peut servir à tout. Jouer me permet d’interroger l’Afrique et de rendre hommage à nos héros. » Au premier rang desquels son frère assassiné en 1987. Dans la pièce Mitterrand et Sankara, créée en 2002, elle interprétait le « Théâtre simple ». Un personnage théorique, modérateur du face-à-face de 1986 entre les présidents français et burkinabè.


« Thomas est parti très tôt de la famille pour sa formation militaire, mais il nous a inculqué la valeur du travail et de l’intégrité. Mon nom me vaut parfois quelques marques d’hostilité, peu m’importe. J’en suis fière. Lorsque nous avons commémoré le vingtième anniversaire de sa mort à Ouagadougou, nous avons levé une partie du tabou qui existait sur cet assassinat. Mais le pays vit toujours sous une chape de silence. » Raison pour laquelle, dit-elle, elle a créé une association, Talents de femmes, qui milite pour la liberté d’expression et les droits des femmes, notamment des actrices. « Au Burkina, les comédiennes sont souvent considérées comme des prostituées à cause de leur mode de vie. C’est un métier où l’on travaille beaucoup la nuit, mais ce n’est pas une vie de débauche ! », s’indigne-t-elle. Odile Sankara a également créé un concours de littérature pour les lycéennes de la capitale burkinabè, car, selon elle, les femmes ont encore peur de s’exprimer publiquement. Écrire leur permet de s’affranchir de la pression sociale et de s’épanouir. Et si un jour la scène ne lui suffisait plus, l’actrice avoue qu’elle se laisserait bien tenter elle-même par l’écriture…


Source : Jeune Afrique


 

 

Odile Sankara, dans Médée.





Mitterrand et Sankara.





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